Retour à la réalité

24 juillet 2014 à 08:46 | Publié dans Alcool, Foot, Musique, Séries | Un commentaire
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TroisPoints

Oui, je sais, lecteur gâté, exigeant compagnon. Je nous avais promis une note par mois, et tu me fais à fort juste titre remarquer que celle de juin est légèrement passée à la trappe. Mais à moins d’avoir traversé ces deux mois en anachorète (bien ta grotte ?), il ne t’aura pas échappé que j’avais deux-trois raisons d’être quelque peu occupé. Quelques festivals de toute beauté qui ont suivi une coupe du monde pour laquelle je pondais soixante mille signes ; un mois et demi bizarre, comme une parenthèse hors du temps, un mois et demi qui m’a laissé sur les rotules mais pas mécontent. Et ton billet t’entends-je vociférer ? Ah, c’est le moment de sortir une vieille ficelle de la presse mag, quand la rédac a envie de glandouiller paynard, on sort… et ouais, un numéro double. Et paf !

Tu l’auras compris, cette note va parler de musique, de foot… et un peu de séries parce que èh, ça faisait longtemps ; le tout en dégustant une The Kernel, parce qu’y a pas de raison. Si rien de tout ça ne te branche – comment, je nous croyais entre hommes de goût – il y a aussi plein d’autres articles chouettes juste là à ta droite.

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Début juillet est désormais marqué d’une pierre blanche sur mon agenda, avec deux festivals qui présentent l’avantage d’être 1) en plein cœur de Paris et 2) totalement gratuits, ce qui m’arrange bien tant je déteste devoir m’y prendre à l’avance et m’engager à être dispo X mois plus tard : je déteste ça au moins autant que faire une valise de départ avant la dernière minute, au moins autant que les clowns (Ça, évidemment) et les coiffeurs (qui devront un jour payer) ; je crois que j’ai déjà évoqué mon cauchemar de me faire couper les cheveux par un clown, une certaine idée de l’enfer.

Totalement gratuits, donc, sauf pour l’amateur de Heineken, mais si vous buvez de ça vous méritez bien de la payer sept balles la pinte, laissez moi siroter ma Sainte Cru. J’avais découvert le Fnac Live il y a deux ans, Soirs d’Eté seulement l’année dernière, ce qui ne manque pas de me faire me demander ce que je pouvais bien branler avant. Mes amis à qui je pose la question me répondant tous qu’ils ont bien une idée sur la question ; vu qu’EUX NON PLUS n’y étaient pas, je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

L’occase déjà de voir l’an dernier Eiffel, les Babyshambles, Jake Bugg, Puggy, Bastille, Tété, Jil is Lucky et les Naïve New Beaters sur la toute nouvelle place de la République, Higelin, Lilly Wood & the Pricks, Concrete Knives, Christine & The Queens, Miles Kane et Palma Violet sur le parvis de l’Hôtel de Ville, j’en passe et des meilleurs.

Cette année, c’était pas mal non plus.

Les copains de chez Oüi FM, aux manettes de la prog de Soirs d’Eté, ont sacrément bien assuré. Ça commence dès le dimanche soir avec Shaka Ponk dans un show hyper bossé, calibré pour la scène, au milieu d’une foule hyper chaude. Dès le lendemain, j’avais la joie d’enfin voir les Wampas (qu’est-ce que j’ai pu écouter ça ! Ça me sert même de bulletin de vote !), dans le pogo sous la scène, à hurler que Didier Wampas, décidément, c’est le roi ! Juste avant eux, les belges de Triggerfinger sont une belle découverte, un son sacrément puissant et une (oui, bon, assez vague, ok) impression de voir Lorne Malvo sur scène.

Ça continue dès le lendemain avec un autre groupe que j’ai pas mal écouté au lycée, les Australiens de John Butler Trio. C’était top, à part le random guy qui a amorcé une ascension de la statue de la République (et est monté sacrément haut), dont la foule a bien cru qu’il allait se tuer en plein milieu d’Ocean (non que ce soit pas une chanson adéquate, mais merde quoi). A ce moment-là, j’avais déjà le dos bien en miette, qui s’ajoutait à un bon déficit de sommeil dû aux matchs à deux heures du mat. Ceci dit, je ne regrette absolument pas d’avoir loupé les 80 premières minutes du légendaire Brésil-Allemagne ; la joie mêlée de surprise, en passant devant un bar en rentrant, de voir qu’il y a déjà 6-0. Et puis avec ma veine, mon ordi aurait planté de la 25ème à la 30ème, alors.

Je n’ai réussi à motiver personne à aller voir de très chouettes Klaxons en VIP mais sous une pluie battante et par un froid de gueux. Plus de succès le lendemain, et une sacrée cuite devant des Zebda déchainés, les Naïve (peut-être un peu moins bons que l’an dernier) et des Mustang qui m’ont un peu déçu (au même titre que Cats on Trees le dimanche). J’ai pas un souvenir fou du reste (The Dukes, Kodaline, Eugene McGuinness, Griefjoy, Natas loves you), mais ça m’a paru cool sur le moment, faudra que je réécoute tout ça plus en détail.

Vendredi, épuisé, avec une sacré crève, j’y suis surtout allé pour pouvoir me la raconter à dire que j’avais fait le grand chelem. Deluxe était cool ; FFF, ça m’a surtout permis de piger qui était le fuck ce Marco Prince qui était tout le temps invité au Burger Quizz. S’ensuivirent trois jours de plein sommeil, à peine troublés par les finales du mondial.

Trois jours de boulot, et ça repart du côté de l’Hôtel de Ville, cette fois sous un soleil de plomb (c’était amusant de voir comme tout le monde se rapprochait de la scène à mesure que l’ombre gagnait du terrain ; toujours est-il que les chanteurs étaient en plein cagnard. Je me souviens de Rover en 2012 suant comme un bœuf sous sa veste en cuir, expliquant que la veille à Bruxelles y caillait des meules, mais je dérive.)

Mø et Julien Doré (et sans doute d’autres avant eux, mais ça commence toujours trop tôt pour passer se changer, parce que la tenue de taf sous un cagnard pareil merci) ont bien chauffé la scène, même si je trouve qu’il manque un truc à Doré sans trouver quoi. Puis M. Grandiose, M. Une heure quarante de concert (pour un festoche gratos…), un beau mix de ses tubes et de chansons plus récentes. Grand moment. Le lendemain, La Femme, Breton et Gaétan Roussel : je m’attendais à des trucs chouettes, j’ai pas été déçu.

J’ai fait l’impasse sur le samedi et sur le dimanche soir, parce qu’Orelsan, Fauve et Bernard Lavilliers (Bernaaard Laaavilliers, mais qu’est-ce que tu vas pouvoir faire, il te reste plus de métier à faire !), c’est vraiment moins mon truc. J’ai passé une tête pour Kid Wide et Mina Tindle, c’était cool.

Et je me retrouve donc, après deux semaines de concerts et cinq de foot, en pleine décompression, avec le besoin urgent de raconter tout ça.

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Mais j’en vois se tortiller sur leur chaise depuis tout à l’heure, avec une question qui leur brule les lèvres ; dans ma grande mansuétude je consens à leur laisser la poser : ah ouais, t’aimes bien le foot ? Comme si c’était pas raccord avec ma ligne éditoriale et politique.

Bah ouais. Déjà, j’ai des tonnes de vieux souvenirs d’enfance de foot. La Coupe des vainqueurs de Coupes du PSG en 96 (c’est resté ma compète préférée, qu’est-ce que je la regrette quand je vois à quoi ressemble l’actuelle Ligue des Champions !) ; ce jour d’août où au lendemain d’une défaite en Roumanie, mon grand-père qui se levait toujours à l’aube dit à un petit Chauff (qu’on s’évertuait alors aussi à réveiller à l’aube) tout embrumé qu’« il est arrivé un coup terrible au Paris Saint Germain », une défaite 3-0 sur tapis vert – le match retour sera épique, le PSG gagnera 5-0, France 98 évidemment, j’aurai passé les deux tiers du match à tourner dans la pièce. Les parties de FIFA 98…

Plein de souvenirs de cour de récré aussi. J’ai déjà parlé de mon école ; j’y ai éprouvé une grande injustice un jour où, goal, l’un des curés m’avait mis les mains devant les yeux en gueulant « qui c’est ? », j’avais évidemment encaissé le but tandis que Curé filait à l’anglaise et que mes protestations laissaient mes camarades de marbre : rep à ça Jean Jacques Rousseau, ça c’est de l’injustice (et aussi sans doute l’amorce de mon athéisme radical, mais c’est une autre histoire). Autre traumatisme, les élastiques des filles attachés par sorcellerie à deux poteaux que nous faisions immanquablement sauter. J’étais plutôt intelligent pour mon âge, j’avais bien pigé comment l’attacher au premier poteau, mais le second, j’ai jamais pu (je soupçonne une astuce incroyablement naze et triviale, donc la sorcellerie me va très bien). Au collège où nous y passions toutes nos récrés, il fallut bien se rendre à l’évidence, malgré des heures et des heures de pratique je jouais comme une bite et acceptais conscient de mes limites de me recentrer sur un supporteuriat polymorphe : Paris évidemment, mais aussi pas forcément simultanément et pour des raisons diverses Nantes, Laval, la Juve ou Sankt Pauli.

Ca relève de l’anecdote, mais un jour où je réfléchissais à mon long parcours sur le web (comment je suis arrivé sur ce site ? comment j’ai connu celui-là ? Qui j’ai rencontré ? Où j’ai trainé ?), en remontant de fil en aiguille, j’ai réalisé que tout aurait été différent (et donc que je n’aurais peut-être pas du tout été la même personne) si ce dimanche-là, à l’aube des années 2000, je n’étais pas allé traîner sur psg.fr. Et ouais.

Et s’ensuivra donc un goût pour le foot. Mais un goût élitiste, sur la ligne des Cahiers (Un autre foot est possible, moins soumis à la FIFA et à l’argent, fait de foot et d’eau fraîche. Et l’important, c’est évidemment les trois poings !), un goût de gauchiste sans doute.

D’où une certaine culture foot – alors que je reste un peu une pine en tactique et que j’ignore tout plein de joueurs – mais plein d’anecdotes à la con grappillées ici et là (l’une de celles qui me fait le plus rire est celle de Just Fontaine qui raconte qu’en 58, l’Equipe de France ne connaissait pas les paroles de la Marseillaise et avait chanté Les Couilles de Mon Grand Père devant les officiels suédois lors de la récompense de la troisième place ; c’est pas la Génération 87 qui se permettrait un coup pareil. Mais « Coupet l’aurait arrêtée » ou la taupe d’Evra me servent aussi régulièrement), et une certaine connaissance des championnats belges, chypriotes voire saint-marinais (le championnat de saint marin a une formule de play off d’une complexité étourdissante).

Ni supporter braillant ni cynique blasé tendance mort-au-foot, un peu comme pour la bière – je déguste une St Stefanus là ; oui, ces notes mettent plusieurs jours à s’écrire – élitiste entre le bobo et le beauf, ni bobo ni beauf, sans doute un peu bo-beauf.

C’est ce qui m’amenait à organiser un concours de pronos au taf, et à pondre un compte rendu détaillé de, donc, 60 000 signes (cette déjà longue note en fait 12 500), truffée de bande sons, de gifs, d’histoires rigolotes et de privates jokes et que vous pouvez retrouver par ici, je note les noms de ceux qui cliquent pas.

60 000 signes, plein de soirs à écrire devant le match à deux heures du mat, devant cette sacrée coupe du monde, ses scénarii complètement timbrés (au moins jusqu’aux quarts), ses buts magnifiques et ses coupes de cheveux au moins autant – les footballeurs eux adorent les coiffeurs, quand je vous dis que j’avais pas les qualités pour faire ce métier !

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Et donc le retour à la réalité. Entre le manque – rhâââ, je me referais bien une coupe du monde ou un festoche – et le repos – rhâââ tout court.

Et l’occasion de rattraper quelques séries en retard.

Utopia qui revient, déjà. C’était ma claque de l’an dernier, c’est toujours aussi fou avec un premier épisode totalement flash-back, des turns à la pelle, j’adore ce pouvoir du Network, l’esthétique du show, la musique, j’adore Jessica Hyde. Utopia, c’est peut-être pas ce qui se fait de mieux dans l’absolu mais c’est ma préférée.

Le retour de Rectify fait bien plaisir, aussi. Rectify, c’est l’histoire d’un type condamné à mort il y a 20 ans, libéré sans être vraiment innocenté, qui revient dans une société qui continue à le juger. Ses personnages sont donc tous libres mais profondément enfermés, entravés. C’est d’une super sensibilité, et c’est toujours aussi bien. La saison 2 d’In the Flesh est aussi une réussite, l’histoire de la réintégration non pas de condamnés à mort… mais de mort-vivants soignés.

Masters of Sex revient aussi, et si ça garde le rythme de la première saison, ça devrait être top. J’ai été un peu déçu par le retour d’Orphan Black par contre. La performance de Tatiana Maslany (qui joue 7 ou 8 personnages) est dingue, mais le scénar part dans tous les sens.

Au rayon nouveautés, The Leftovers démarre bien. 2% de la population mondiale a disparu d’un coup, et trois ans après la société est profondément marquée, avec plein de sectes qui prolifèrent, et une capacité à me fouttre les foies extraordinaire.

Et puis, si vous ne les avez pas vues, je me demande ce que vous attendez pour rattraper True Detective et Fargo. Vous n’avez aucune excuse.

Ah, c’est pas avec tout ça que je vais tenir mon objectif de voir 100 films dans l’année – j’en suis à 38 depuis février, pas mal de Wes Anderson, de Terry Gilliam…

Retour à la réalité, dira-t-on.

Advanced Introduction to Beerology

18 mai 2014 à 14:35 | Publié dans Alcool | 2 commentaires
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Punk IPADepuis le temps qu’on se connait, mon lecteur, j’ai comme une petite question à te poser. C’est une question rhétorique puisque j’en connais très bien la réponse, mais tu le sais je suis très rhétorique comme garçon. « Hey Camarade, t’as pas un peu l’impression de toujours boire les mêmes bières ? »

Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! Je sais très bien ce que tu bois, et entre toi et moi y a pas spécialement de quoi être fier. Oh, on a tous plus ou moins le même parcours, à part les quelques-uns qui viennent d’un coin brassicole : on a commencé par des pils industrielles dégueulasses, par les Heineken insipides, par les kros par packs de 24 ; vu qu’on avait quand même un minimum de goût, on a évité les étapes premiers prix, on trouvait quand même les Koenigsbier et autres saloperies en cannette imbuvables. On était jeunes on s’en foutait, c’était bien assez pour faire un caps, même si au fond de nous on savait que c’était de la pisse.

Et ce semestre au Canada où on buvait des Unibroue au goulot comme des sagouins, les Fins du Monde, les Maudites, les Trois Pistoles, on se fouttait bien de la gueule des étudiants du coin convaincus que la Molson était le summum, on se fouttait bien des Allemands incapables de boire ça, d’autant qu’on avait une réputation de Connards Arrogants à justifier ; on ne savait pas encore que la Fin du Monde allait être sacrée meilleure bière du monde, puis qu’elle deviendrait introuvable à l’export, on la buvait au litre et on l’achetait par valises – je veux dire littéralement, cette anecdote étant bien évidement authentique. On tombait sur des microbrasseries très chouettes qui faisaient des rousses de folie, on avait passé un palier.

Et puis on retombe dans nos travers. On n’achètera plus jamais de Kro ou de 16, mais on est passés aux « bières d’abbayes », avec tous les guillemets qui s’imposent, tant les leffe, grimbergen et autres affligems restent des bières industrielles d’entrée de gamme. Oh, on a eu des fulgurances. Une Chimay bleue de temps en temps, une anglaise un peu sympa. Mais on buvait toujours les mêmes choses, on se sentait presque esthète en ramenant une affligem triple ou une leffe 9, d’autant que cette dernière n’était pas encore sur la liste de la CIAC.

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Mais avant de pousser plus loin, deux disclaimers. Rappelons à nos amis mineurs qu’ils ne devraient pas trainer sur des sites peu recommandables même pas sur la liste blanche du CSA alors qu’il seraient bien mieux ici ou . Rappelons aussi que L’abus-d’alcool-est-dangereux-pour-la-santé-à-consommer-avec-modération, vous l’avez lu ici en premier. Il va de soi que nous promouvons une consommation d’esthète, raisonnable et non immodérée.

Oui, ça s’appelle un peu blinder ses fesses, mais que voulez-vous, je suis bien trop mignon pour aller en prison.

Et interpellons les amis lecteurs qui, trompés par un titre en anglais et captés par un style reconnaissable entre tous sont arrivés jusque-là alors que, les margoulins, ils « n’aiment pas la bière » : soyez sauvés, mes frères, mes sœurs, il est très possible il est très probable que vous n’aimiez pas les pils, les pales lagers, et encore des versions très industrielles. Je prendrai même comme un challenge tout personnel de vous convertir, philistins que vous êtes, et croyez m’en, je pars gagnant : il va de soi qu’à l’instar de ma soirée Beer to Peer promise en ces lieux un peu plus haut, cette déclaration vaut faire part d’invitation à une soirée dégustation ; il va également de soi que ce qu’il y a de chiraquien en moi sait que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Il va enfin toujours de soi que j’ai retenu la leçon et que j’arrêterai de servir aux néophytes des Trappe Quadruples, puisqu’elle a déjà rendu malades comme des chiens deux d’entre vous ; je ne balancerai pas les noms au tout venant par charité. La qualité de ma cuisine étant totalement (ah si !) hors de cause, ça doit être les levures. Sachez que je lève encore mon verre à vous en rigolant, les amis !

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Mais je m’éloigne, je m’éloigne, et j’en oublie que j’ai d’abord une histoire à vous raconter. Une histoire d’épiphanie, une histoire de révélation, une histoire de conversion. Il y a environ six mois de cela j’avais retrouvé une amie à Chatelet, et nous avions décidé d’aller boire un coup. Ayant perfidement pris les devants, j’avais repéré un café qui devait s’appeler quelque chose comme Au Trappiste ; je ne m’y connaissais pas plus que ça mais ça me parlais vaguement. Je n’étais pas déçu : la carte des bières était longue comme le bras, on aurait pu s’y noyer, ce que je fais d’ailleurs allègrement m’attirant les sarcasmes de l’amie suscitée qui avait opté, elle, pour un capuccino, parce que quand elle va dans un bar à bière elle prend un capuccino, anarchie vaincra, tout ça tout ça. J’optais finalement complètement au pif pour une Rochefort 8, pour la principale raison que je n’avais jamais entendu ce nom avant – j’aime bien les découvertes. « Ah ah, tout ça pour ça », balançait la jeune fille au capuccino, totalement au pif aussi, vu qu’elle ne boit jamais d’alcool sauf quand elle confond une bouteille de cristalline remplie de rhum avec une bouteille de cristalline pas remplie de rhum à neuf heures et demie du matin, une excellente stratégie pour faire carrière dans la haute piraterie soit dit en passant. « Comment tout ça pour ça », m’exclamais-je ! Je ne le sais alors pas encore, j’aurais aussi bien pu tomber sur une sombre bouse comme l’ignoble Rince-cochon, ou sur du simplement pas top comme la hautement surestimée Tripel Karmeliet, l’histoire se serait sans doute arrêté là et vous auriez droit à une énième note politique au lieu de celle-ci. « Mais je suis un esthète, et suis prêt à parier que cette Rochefort 8 est totalement froudée ! » (oui, j’ai tendance à faire dans l’alexandrin, quand je m’emporte). Et froudée elle fut, bien évidemment. Devant mon verre, c’était tout un nouvel univers, toute une nouvelle culture qui s’ouvrait à moi. Je n’avais jamais bu ça, et ça n’était que le premier choc d’une longue série.

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Car démarrait alors une irréfragable frénésie ; je dégotais sur le web un site plutôt pas mal de vente en ligne, où j’achetais une sélection de trappistes dont les fameuses Rochefort, pas spécialement donné (surtout que les frais de port alourdissent la note, après la livraison est nickel) mais plutôt top pour démarrer. Dans le même temps, je découvrais tout près de chez moi une très chouette cave à bière, Bières Cultes (4 boutiques dans le centre de Paris), dont je franchissais les portes non sans une certaine appréhension, tout newbie que j’étais. Et bien comme à chaque fois que j’y suis retourné, le conseil était au top, on s’y sent comme chez soi et on peut même y boire un coup. J’y découvrais entre autres les Brewdog,  et repartais avec un bon conseil : les bonnes bières, surtout les brunes, faut surtout pas les boire trop froides (ça flingue le goût – c’est aussi pour ça que les Kro sont servies glacées) et encore moins les stocker au frigo ; alors autant les industrielles stockées couchées dans le bac à bière, allez-y, autant si vous achetez de bonnes choses mettez les debout à l’abri de la lumière et des variations de chaleur (si vous avez une cave c’est top, sinon une armoire fait très bien l’affaire).

Je trainais sur des forums d’intégristes de passionnés (« Budweiser ? Dans la même gamme de produit, je préfère le Perrier. »), je trouvais d’autres bonnes boutiques : le Bootlegger à Pernety a surement le plus de choix, et m’a l’air un poil moins cher que Bières Cultes. La cave Pommier dans le marché d’Aligre (12ème) est sans doute la moins chère des trois au global, après ça dépend évidemment des références.

Je me surprenais également à guetter les étagères des supermarchés, celles juste à côté des packs avec ces bouteilles vendues à l’unité que je n’avais jamais daigné regarder. Dans les Monoprix et les Carrefour, on peut y trouver de bonnes surprises à des prix imbattables : les Trappe Quadruples suscitées, des Duvel Triple Hop, des Westmalle… et même parfois des Brewdog Punk IPA.

Puisque j’y reviens, on va se poser cinq minutes sur cette très chouette brasserie artisanale écossaise, dont l’une des affiches illustre cet article. Brewdog a été lancé par deux potes et leur chien il y a cinq-six ans, en réaction aux breuvages insipides des grandes multinationales – coucou Stella Artois, coucou Heineken – ces bières sans âmes et dont le seul intérèt réside dans ce qu’elles subissent dans ce clip. Leurs IPA, la Punk et la Hardcore ont une amertume fabuleuse et un nez de litchi assez surprenant. La 5 AM Saints est une super ambrée, et leur étiquette dit vraiment tout (« Maybe you want to define yourself with bland, tasteless lowest common dnominator beer. We won’t have any part of it (…) The UK beer scene is sick. And we are the fucking doctor. »). Leur succès est assez foufou, l’association de produits formidablement bien branlés et d’un marketing à la fois hyper fun, super bien écrit et très offensif.

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Lâche les packs de bières industrielles, ça vaut rien. Plonge-toi dans les bonnes bouteilles. Ça te coutera un peu plus cher, peut-être le double, la plupart des bouteilles tournent entre 2 et 3€ les 33cl (bon, y a aussi beaucoup plus cher). Ça te demandera plus d’implication, plus d’effort, peut-être même un peu de passion. Mais c’est comme tout ; bois mais bois mieux.

Tu peux passer ta vie à regarder les Feux de l’Amour, consommer des tétrachiées d’heures de deux trois soap, ça ne fera pas de toi un sériphile. Ou tu peux piocher dans les True Detective et les Fargo, les Rectify et les Peaky Blinders, les Black Mirror et les Utopia, les Community et les Black Books, les Masters of Sex et les In The Flesh, les Breaking Bad et les The Wire.

T’as le choix mon pote.

Love hops and live the dream !

La Fontaine, la fourmi et la haine

27 avril 2014 à 14:09 | Publié dans Alcool, Littérature | Laisser un commentaire
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La HaineIl est un avantage pour le moins méconnu d’avoir une excellente mémoire de ses soirées alcoolisées : les discussions qu’on y tient se transforment assez vite en des notes de blog qui s’écrivent toutes seules. Beaucoup plus vite certainement que celle sur laquelle je tire la langue depuis un bon mois et qui stagnouille désespérément dans mes brouillons.

On y parle beaucoup, on y est cuistre et foutraque : plus que d’habitude en tout cas. On ne sait trop comment ni pourquoi, on se met à parler de théâtre classique, à citer Phèdre, « Et la mort à mes yeux dérobant la clarté rend au jour qu’ils souillaient… », on marque un temps d’arrêt tout théâtral, on fait semblant de s’étonner que personne ne conclue, « Toute sa pureté, bordel ». Et puis, ces enchainements bizarres dont on a à rebours bien du mal à remonter la causalité amènent le débat sur La Fontaine.

La Fontaine, c’est bien, ça met tout le monde d’accord. La Fontaine, on vous l’a tous fait apprendre par cœur quand vous étiez tout petits, parce que c’est kikinou comme tout, il y a des animaux partout. C’est à la fois pas trop gnangnan et un peu plus facile d’accès que la tirade du Cid. Et nettement moins flippant qu’une armée de marmots qui réciteraient du Baudelaire (« Je suis de mon cœur le vampire, / Un de ces grands abandonnés / Au rire éternel condamnés, / Et qui ne peuvent plus sourire ! », brrrr…). Les fables que vous connaissez, vous les avez vues avec vos yeux d’enfants, hauts comme trois pommes. Puis vous n’y avez plus trop réfléchi. Évidemment, on passe alors à côté de plein de choses. Au risque de stagner sur ses sombres contresens.

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Ça ne me surprend plus guère : quasiment tout le monde – faites le test autour de vous – considère la Cigale et la Fourmi comme un plaidoyer pro-Fourmi. Bien sûr la morale n’est pas explicite ; mais les enfants en plus d’être généralement assez angoissants (ah si) sont structurellement de droite (aussi). Car contrairement à moi vous n’avez pas tous passé vos premières années dans du privé catholique, ce genre d’école où l’on considère comme miraculeux d’arriver au collège encore vierge. Je me demande encore comment je m’y suis pris alors que je présentais deux handicaps normalement rédhibitoires : 1) j’étais un petit garçon extrêmement mignon (je vois bien que vous ne me croyez pas mais j’ai des photos pour le prouver), et surtout 2) je courais moins vite que les curés.

Je diverge pas mal, et, pour paraphraser l’ami Desproges, dieu sait si c’est énorme ; je diverge même volontairement et en toute connaissance de cause : je reprends sans vergogne les recettes de mon vieux billet sur Desproges justement, dont je vois bien qu’il m’apporte le gros de mon trafic via les moteurs de recherche («vous êtes huiiiit milliiions, sur cette plaace de la Bastille ! »). Il fut d’ailleurs un temps hélas révolu – google a depuis tout passé en https comme des sagouins et on ne voit plus rien – où l’on pouvait encore savoir ce que les gens tapaient dans le moteur pour finir par arriver chez vous – les stars de la blogosphère en ont tiré des best-of, dont les plus drolatiques sont encore ceux de Jaddo. Je ne sais d’ailleurs pas si les deux gonzes qui cherchaient « censure caca » sur google image ont spécialement trouvé leur bonheur chez moi, mais ça illustre magnifiquement à quel point mon lectorat est sélectif et qualifié.

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Mais j’en arrive finalement à notre Cigale et à notre Fourmi, sur lesquelles la méprise n’est, donc, pas loin d’égaler celle du Peut-on rire de tout allègrement évoqué dans le billet susmentionné, je ne sais pas si vous remarquez comme tout se tient et à quel point mes incises sont bossées.

Hey les amis, quand on est une sombre connasse mal baisée, terne et bêcheuse comme la fourmi, la moindre des choses, c’est bien de financer ces poètes et ces saltimbanques qui mettent de la couleur et de la musique dans la vie. Lâche ton mécénat, Fourmi, lâche ton mécénat à la Cigale La Fontaine ! La Fourmi : le genre de gars que la meilleure façon de leur faire cracher leur tournée, c’est encore de leur enfoncer deux doigts dans la gorge. De ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques, qui s’laissent porter par le système, qui font les grèves pour protester dès qu’les escalators y tombent en panne. La pire des races !

Si l’interprétation que vous en aviez petit, c’est travaille bien et reste dans le moule, c’est peut-être parce qu’on vous a bien bourré le mou avec. On passe à côté du sens des mots (« c’est là son moindre défaut »), parce qu’on a beau être un gamin sacrément brillant, on entravait un peu que pouic par moment ; c’est la même avec le ramage et le plumage du Corbeau, on se gardait bien de l’expliquer de crainte de se retrouver avec une armée de mouflets machiavéliques avides de la moindre faiblesse à complimenter.

On peut continuer longtemps : le loup et l’agneau, si ce crétin d’ovin n’avait pas fait dans l’excuse carpette et dans la flagornerie évidente, ce n’est peut-être pas lui qui se serait fait croquer. Mais c’est plus simple de demander aux enfants d’être pour la fourmi contre la cigale, pour le chien contre le loup. A toi de sortir de ce conditionnement, poil aux dents.

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On se rend bien compte qu’on commence à être fouttrement saoul ; qu’importe, on continue à picoler. D’ici quelques minutes, on s’insurgera contre ses potes dont on se demande comment ils ont pu atteindre un tel âge canonique sans avoir vu tel ou tel film (rhâââ, Brazil, gnniiii Trainspotting), telle ou telle série (mon côté Keuwa, t’as pas vu… ? remonte vite à la surface) ; on part dans des références de plus en plus absconses ; c’est mon côté Abed dans Community. Undateable, ajouterait Frances Ha.

A ce rythme-là, on en arrive on ne sait comment à disserter de nos chances de survie en cas d’invasion zombie – quasi nulles dans ce bar ; on se demande où est la boutique Stihl la plus proche pour acheter un taille haie à bras télescopique de quatre mètres ; on se demande pourquoi ils n’utilisent pas de taille haie à bras télescopique de quatre mètres dans les films et séries de zombies.

D’ici quelques minutes, on va pousser le vice à se mettre à parler de Shortbus. On passe plutôt une bonne soirée.

Et des millions de connards sur la ligne de départ

23 mars 2014 à 11:47 | Publié dans Politiques, Société | Laisser un commentaire
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Soleil Vert / Soylent Green

On a tous nos petits snobismes ; au milieu d’une liste longue comme le bras, il en est un dont je suis mine de rien pas mal fier : je n’ai jamais foutu le moindre pied dans une auto-école. Oh vous me direz des gens qui n’ont pas le permis y en a des chiées, de plus en plus de chiées même, et ça n’est évidemment pas pour me déplaire. Mais des vrais des purs qui malgré la pression constante de leur entourage (ouais on y a tous eu droit à ces repas où tout le monde est formel, il FAUT le passer) n’ont jamais ni acheté ni ouvert le moindre bouquin sur le code, ah, Camarade Lecteur, peu peuvent se targuer d’en être !

Oh, bien sûr, ce n’est pas QUE par bonté d’âme et conviction. J’ai vécu à Paris et à Nantes, deux villes carrément bien dotées en transports en commun et je n’ai jamais eu l’impérieux besoin d’être motorisé pour travailler ou pour sortir d’un village isolé, rouler n’a jamais rimé pour moi avec liberté. Bien sûr qu’il est plus simple d’être hostile à la bagnole quand on est Parisien, bien sûr que les arguments écologiques et économiques sont plus susceptibles d’y résonner que dans le fin fond de la Plouquésie (et je n’ai rien contre ces gens là, j’ai moi même d’excellents amis Plouquésiens).

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Mais ma première raison est bien moins rationnelle et bien plus personnelle que ça : elle est d’ordre psychologique. Et vous me permettrez bien que je me fasse ma petite thérapie pépère : c’est tout l’intérêt d’avoir un blog.

Chaque enfant a ses traumatismes ; j’étais sans doute un peu bizarre à l’époque, mais l’annonce de deux décès m’ont particulièrement traumatisé. La première, c’est quand Mini-Chauff (je devais avoir trois quatre ans, peut être cinq) a découvert sur une plaque que Pasteur était mort, et Mini-Chauff de pleurer comme une madeleine en demandant qui allait bien pouvoir faire les vaccins désormais (oui, non, cette anecdote n’a pas grand chose à voir avec la choucroute, mais je pose un contexte). La deuxième, c’est quand il a appris que Pierre Curie, l’un des mecs les plus intelligents de la terre, s’était fait buter par une charrette en traversant la rue. Par une charrette. Un génie. En traversant la rue. Je pense qu’on m’a tellement rabâché, à raison et sans doute même pas assez parce que ça a bien failli m’arriver à plusieurs reprises, qu’il était dangereux de traverser qu’encore aujourd’hui il m’arrive d’être convaincu que c’est comme ça que je finirai par y passer. J’espère au moins que ce sera pas dans une banlieue à la noix, ça ferait tâche dans ma nécrologie.

Un tête à queue sur l’autoroute quand j’avais dix ans, quelques catastrophes évitées de peu en marchant la tête en l’air ou le nez dans un bouquin : la Mort se balade en bagnole. L’angoisse du piéton au moment de traverser la rue que décrit Seb Musset, je n’la connait que trop bien : combien de fois encore je me fais faucher la priorité, en attendant de me faire faucher tout court. Les rares fois où j’ai réagi d’un plat de la main sur la carrosserie, j’ai failli me faire agresser par le fâcheux chauffard. Inconnus compagnons qui aviez pris ma défense face à ce grand taré alors que nous nous dirigions vers cette manif à Bastille, si par le plus grand des hasards vous passez par ici : merci !

Devenir cet abruti fini centré sur sa petite personne au milieu de sa tonne de ferraille, c’est un peu trop me demander. D’autant qu’il n’y a bien que dans Oz, un autre bon petit traumatisme de ma collection, que le chauffard est inquiété. La bagnole est une machine de mort, un piéton tué par mois à Paris mais aussi 2000 blessés, un toutes les quatre heures, dans la majorité des cas sur des passages piétons ; combien de condamnations ? Je sais pas, je sais plus, mais sous les roues des bécanes y a du sang répandu. Il est vital de réduire drastiquement la vitesse autorisée en ville (30km/h ? 25 ?), de mettre en place une tolérance zéro simplement en appliquant la loi pour un  passage piéton grillé – 4 points – et de la durcir tant qu’il continuera à y avoir des accidents.

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L’aspect économique est à la fois plus universel et plus évident : l’automobile est un gouffre à fric, tout le monde le sait. Le seul permis de conduire est un système para-mafieux où tout est fait pour faire payer une fortune, c’est déjà un bon indice. Et ça explique à mon avis pourquoi tout ceux qui l’ont sont aussi formels quant à son impérieuse nécessité : le coût de la conviction. On ne démarre pas la discussion sur un pied d’égalité, parce qu’on n’a pas les mêmes conséquences à assumer : si l’on finit par me convaincre, j’ai juste eu tort, je le reconnais et j’en tire les conséquences ; si je convainc mon interlocuteur, par contre, il doit alors prendre sur lui d’avoir fichu des brassées de pognon par la fenêtre et des dizaines d’heures plutôt douloureuses dans le vent, il doit assumer de s’être bien fait avoir par le marketing et de contribuer à un système mortifère. À six-huit milliers d’euros par ans, la caisse est un luxe que je n’ai absolument pas l’envie de m’offrir. Comme la clope. Un truc sans intérêt, qui ne sert qu’à rendre immensément riche des gens pas fréquentables, et qui rend tout le monde malade.

Car la question écologique est évidemment primordiale. Évidemment ? Pas pour tout le monde. Une bonne partie de la population n’en a rien à taper de chier là où elle mange. On s’est tapé pendant dix jours un pic de pollution absolument considérable, une pollution palpable – vous avez dû tous voir qu’on ne voyait plus à cent mètres, les photos sont édifiantes, mais même la lumière dans le métro avait changé, c’était frappant en regardant les tunnels, comme un filtre à la Soylent Green.

Pendant ce temps-là, les assos de bagnoleux continuaient leur petite intox puérile sur l’air du c’est pas nous c’est les autres, allant jusqu’à déclarer que l’air n’avait jamais été aussi pur. Alors oui, il n’y a pas qu’eux, on pourrait aussi parler du crime écologique que représente le sur-chauffage (rappelons la loi quitte à être rabat-joie : 19° maximum dans les immeubles d’habitation, de bureaux…). Mais il y a urgence à réagir, d’autant que la majorité des conséquences néfastes de la pollution se font hors période de pic.

La Circulation alternée était évidemment une réponse indispensable, mais elle aurait dû être déclenchée bien plus tôt et être vraiment imposée ; un grand nombre de policiers ne verbalisaient pas (j’ai un témoignage de première main de quelqu’un qui roulait avec une plaque paire contrôlé trois fois dans la journée, pas eu une seule amende, pas un seul demi-tour forcé), et les 22€ de prune potentielle sont eux-mêmes bien peu dissuasifs : pour mémoire, se faire prendre en flag de fraude dans le métro, c’est 60€. La seule solution, c’est le retrait de point, le seul moyen de vraiment empêcher les gens de faire les zozos.

Les autres mesures de santé publique à prendre sont connues et simples à mettre en place : démultiplication des zones 30 en ville (ce qui permettrait en sus de sauver des vies, mais c’est sans doute bien négligeable), écotaxe pour l’utilisation de la voiture en ville qui permettrait de financer des politiques de développement et de promotion des transports en commun, lutte contre le diésel et les énergies polluantes, suppression des autoroutes urbaines (en ce sens le boulot fait à République et sur les quais de Seine est plutôt chouette. Il reste pas mal d’axes à convertir, mais ça va dans le bon sens : je dois reconnaître que ce Reclaim the Streets est assez jouissif).

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Malgré tout cela, le « tout le monde le fait » peut corrompre les plus purs. Mais il y a une autre raison, d’ordre intellectuel. L’automobile telle que nous la connaissons est en train de crever, elle serait sans doute déjà morte sans les efforts démesurés de l’industrie et la complicité de nos gouvernants. Ploum l’explique très bien : l’arrivée des voitures autonomes est désormais plus que proche et le modèle du transport seul dans un véhicule propriétaire que l’on conduit ne pourra alors plus être compétitif. La bagnole individuelle s’effacera au profit de services type Uber dont le prix chutera encore quand il n’y aura plus de chauffeur. À ce compte là, ton permis ne sera bientôt plus qu’un morceau de papier.

J’aurais préféré d’autres révolutions techniques : j’attendais avec impatience les jetpacks, les skates magnétiques ou les tubes pneumatiques de Futurama… allez, on se contentera des voitures partagées autonomes.

En attendant la téléportation.

Vote au-dessus d’un nid de coucou

17 février 2014 à 00:34 | Publié dans Politiques, Société | Laisser un commentaire
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Alors je ne sais pas pour vous, mais je trouve qu’on nous prend un peu pour des truffes. Parce que sur la séquence médiatique de la semaine, la « reconnaissance du vote blanc », le moins qu’on puisse dire est qu’on s’est légèrement fait enfumer. Tout le monde était là unanime genre ouh la la on en fait des trucs pour la démocratie en danger, c’est une avancée majeure, à partir de maintenant les gens qui ne se reconnaissent pas dans l’offre électorale vont pouvoir le dire et voter blanc au lieu de juste pas voter ou de voter le Pen comme des gougnafiers.

Alors que dans les faits, au lieu de publier le nombre total de votes non exprimés, le ministère de l’Intérieur va désormais attachez vous à vos slips dissocier les bulletins blancs des bulletins nuls. Et… c’est tout ? Ouais, c’est tout ; ah, ça, ça bosse dur à l’UDI. Et encore, pas à chaque fois, pas aux prochaines municipales, déjà. En fait, on ne reconnait absolument pas le vote blanc, on l’isole du vote nul (et c’est déjà pas mal, parce qu’entre nous voter nul c’est un tout petit peu plus chiadé que de juste voter blanc).

Parlementaires comme Experts sont pour une fois d’accord : le vote blanc aurait une certaine pureté, ce serait un vrai choix qui pourrait même ramener les brebis tentées par le « vote extrême » dans le droit chemin ; le vote nul, lui, ce serait tous ces gens qui… qui quoi, d’ailleurs ? Qui voteraient nul sans le faire exprès ? Vous êtes déjà rentré dans un bureau de vote les amis ? A part le cas très particulier des scrutins de liste dans les petits villages où on peut panacher, vous vous voyez raturer un bulletin par inadvertance, le déchirer par légèreté, en mettre deux différents par étourderie, glisser une feuille de PQ – que vous avez toujours sur vous, naturellement, surtout dans les isoloirs – par mégarde, dessiner une quéquette par distraction ? Retard Alert ! Retard Alert, Class !

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La soi-disant incapacité à mettre en place cette loi pour les municipales relève quant à elle probablement d’un bon vieux foutage de gueule des familles. Ou d’une flémingite aiguë, choisissez.

Au moment du dépouillement, quand un bulletin est non exprimé il faut le mentionner dans un tableau annexe où il y a à peu près soixante-dix-huit cas de figures possibles, dont deux-trois pour le vote blanc (un bulletin blanc, ou pas de bulletin) ; en général tout le monde autour de la table s’agite, certains prétendant qu’il s’agit d’une mention injurieuse (cas n°24), d’autres que le fait d’ajouter un zboub à Nadine Morano relevait de la liberté artistique de l’auteur (cas n°48), d’autres encore que s’agissant d’une couillo-mentonite, on est clairement sur un cas n°54, tandis que le quatrième compère fait sa tête de lard en disant qu’il ne voit pas au juste où est la différence avec l’original, s’attirant par la même les foudres du président du bureau qui ne trouve pas ça très très gentil et appelle au respect républicain un peu de tenue que diable. Cela ne sert guère que pour l’établissement du procès-verbal, puisque apparemment l’Intérieur ne s’amuse pas à remonter toutes ces données pour compiler des stats des causes d’annulations (« avec 0.26% des voix, le dessin de zguèg aurait fini devant Jacques Cheminade »), ce qui ne m’étonne pas des masses vu que ça fait un petit bout de temps qu’on n’a pas l’air de se marrer tous les jours du côté de la place Beauveau.

Si je vous raconte tout ça, c’est qu’à peu près une fois sur deux on me propose de dépouiller — je suis très avenant comme garçon —  et que ça s’avère souvent assez marrant. Vous raterez juste une soirée télé où tout le monde est très content d’avoir gagné, et grâce à Twitter vous aurez de toutes manières eu les résultats avant d’y aller. Je ne peux que vous recommander de faire ça à l’occase ; on bondit juste parfois un peu quand on tombe sur douze bulletins de suite pour le sortant qui a l’habitude d’un peu bourrer les urnes, même si on sait qu’il y a toujours bien une chance sur dix pour que ça tombe comme ça par hasard. Mangez avant, par contre, ça peut toujours trainer un peu et la République ne sustente pas ses bénévoles fantassins.

Dur de comprendre pourquoi ça ne sera pas en place pour les municipales, donc. Ça me surprendrait que tous les PV soient déjà prêts cinquante jours avant l’élection, on n’est pas organisés à ce point là ; quant au complot visant à ne pas « reconnaitre le vote blanc » comme ça les électeurs voteront fion national comme ça il y aura des triangulaires sauvant les fesses de la majorité oui c’est bien moi Fantomas, c’est vraiment être à côté de ses pompes : trouvez-moi un gonze un seul qui finalement votera FN uniquement parce que les bulletins blancs et nuls sont toujours agrégés empêchant par là même un vote anti-système pleinement et entièrement reconnu.

Je vois bien le petit vote qui aimerait bien qu’on commence à le considérer en tant que tel.

Dommage donc qu’on n’ait pas ça la prochaine fois, ça sera divertissant à l’avenir de voir comment se répartissent les bulletins non exprimés, et quelle est la proportion de mecs un peu marrants qui ne se contentent pas d’un bête vote blanc. Mais pour une vraie reconnaissance, on repassera. Cette loi fait bien plaisir à tout le monde en ne changeant rien (quitte à toucher aux règles électorales, on avait pas un certain vote des étrangers dans les promesses de campagne ?) ; ce n’est pas demain la veille que les bulletins non exprimés rentreront dans le calcul des résultats, ne serait-ce que parce que personne ne veut augmenter la probabilité d’être élu avec moins de la moitié des suffrages. Et je ne parle même pas du vote Contre, pas idiot mais un poil trop connoté soviétique.

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Quant à moi, il m’est arrivé une seule fois de voter « non exprimé », au second tour de la primaire socialiste. J’avais préparé un joli bulletin où j’avais, de ma plus jolie écriture, inscrit « Pour faire chier Copé ». Je ne sais pas si ça a fait rire les gens qui dépouillaient, mais ça reste un euro foutrement bien dépensé !

Du flux, du flux, du flux !

2 février 2014 à 21:42 | Publié dans Interweb | Laisser un commentaire
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Le logo RSSC’est avec en tête l’idée de vous parler des toujours plus nombreux sites que je suis avec amour que je m’apprêtais à attaquer cette note. Guinness et fromage trônaient en abondance, et j’étais sur le point de plonger dans les tréfonds de mon agrégateur de flux. Mais je vois que certains tiquent déjà, alors que nous n’en sommes qu’à la troisième ligne et que Guinness et fromage toujours en abondance trônent.

Quant aux plus perspicaces, ils ont déjà deviné que plus que de mes saines lectures, nous nous embarquions sur le sujet du contenant1.

J’aime les blogs. J’en lis beaucoup. Le temps que j’ai passé chez Maître Eolas ou chez l’Odieux Connard se compte en dizaines d’heures, peut être même bien en centaines. Je voue un certain culte à Boulet et à Ploum. J’allais aussi souvent que possible voir s’il y avait des nouveautés sur xkcd ou chez Jaddo, sur  ABAM ou CLG. Et j’étais toujours un poil déçu s’il n’y en avait pas sur Oatmeal ou chez Sam & Max.

Le fait que je vienne de passer plusieurs heures à sélectionner ces dix liens (clique les ; si tu le fais pas, je le saurai et je viendrai te pincer très fort) et à relire une palanquée de notes de ces sites n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir avec notre sujet, même s’il l’illustre finalement plutôt bien.

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La découverte des flux RSS il y a, allez, un an un an et demi m’a pas mal changé la vie. Au-delà du jeu de mot facile sur cet ancien état dont l’hymne déplorait le fait que Kouchner alors ait mélangé Pasqua ou de l’acronyme certes moins connu d’une organisation paramilitaire hindoue, je pense que si j’ai passé une bonne dizaine d’années sur internet sans utiliser cette technologie, c’est parce qu’on me l’avait très mal vendue. J’avais en tête, et c’est peut être votre cas à vous aussi, une espèce de favori dynamique. Je suis à peu près sur d’avoir fini par essayer, un jour, pour voir qu’effectivement, ça te mettait tous les titres des derniers articles d’un site d’actu ou d’un blog dans un dossier de tes marque-page, et qu’effectivement ça s’actualisait tout seul. Et j’avais trouvé ça tout pourri, évidemment. Parce que ça ne s’utilise certainement pas comme ça : quitte à guetter les nouveaux articles, autant aller directement sur le site plutôt que de fouiner dans des listes moches et déjà surchargées.

La meilleure façon d’utiliser les flux RSS (Really Simple Syndication, d’ailleurs ; les termes importants sont really et simple, vous allez voir) est de passer par un agrégateur, un site (la plupart sont gratuits pour des usages non pro) qui se charge d’agréger les différents flux. Google a longtemps tenu le gros du marché avec Google Reader avant de fermer le service il y a six mois (on y reviendra). J’ai testé The Old Reader et Feedly. J’utilise finalement uniquement ce dernier, que je trouve plus pratique et plus rapide dans sa mise à jour. Je ne vous parle pas des solutions libres et auto-hébergées, ça a sincèrement l’air super tant technologiquement que philosophiquement, mais si vous en êtes à ce stade là vous n’apprendrez malheureusement pas grand-chose chez moi.

Concrètement, une fois inscrit à l’un de ces services, vous y ajoutez des abonnements aux sites que vous souhaitez suivre. Quand vous vous connectez au service, vous voyez la liste des nouveautés sur tous les sites auxquels vous êtes abonnés depuis votre dernière visite et, la plupart du temps, vous pouvez les lire directement sans quitter votre agrégateur.

Techniquement, la plupart des sites ont leurs flux RSS. Pour résumer, un flux RSS est une page web qui reprend des informations du site – l’auteur y met ce qu’il veut – généralement les X derniers articles (parfois tronqués) : c’est par exemple le cas de ce blog, ça se passe par ici si vous voulez voir à quoi ça ressemble. D’autres sites n’y affichent que le début des articles voire uniquement les titres, soit par stratégie, soit parce qu’ils n’arrivent pas à le changer. C’est un peu cette dernière option qui explique qu’il n’y ait que les titres dans le flux du blog de notre, et c’est l’instant autopromo, excellente et belle asso d’organisation de scènes ouvertes B’Arts Scéniques : j’y ai passé des heures et des heures, pas moyen de faire mieux. Bon, que ça ne vous empêche pas de vous abonner , ça vous permettra d’être sûr d’être prévenu quand il y a un bel et excellent, donc, nouvel article. Certains blogs font encore autre chose, par exemple un récap des entrées de la journée comme le Shaarli de SebSauvage, ou encore même une redirection vers une page facebook.

À vous de vous abonner aux sites que vous souhaitez suivre. C’est gratuit. C’est anonyme (pas comme l’abonnement à une newsletter ou aux alertes de mise à jour par mail, par exemple ; pas comme facebook ou twitter non plus, où vous n’avez pas forcément envie de montrer à la face du monde vos passions pour des subcultures des plus honteuses ni vos accointances politiques pour le moins douteuses). Ça peut s’annuler à tout moment de manière hyper simple.

La meilleure façon de s’abonner est de cliquer sur le logo RSS, que vous avez dû voir douze millions de fois depuis que vous errez sur les interwebs, et qui illustre cet article. Vous sélectionnez le service que vous utilisez dans le menu déroulant, et roule ma poule. L’autre façon de faire est de coller l’adresse du site que vous souhaitez suivre dans le volet de recherche de votre agrégateur, la plupart du temps ça marche très bien.

C’est donc éminemment pratique pour suivre les sites et les blogs que vous aimez (je déconseille plutôt de mettre des sites d’actu généralistes, c’est un coup à être noyé sous des tétrachiées de nouveaux articles) ou faire de la veille. Ça peut aussi vous alerter quand vous avez des commentaires sur votre blog (ou à être alerté des nouveaux commentaires sur un blog pas à vous, mais j’avoue moins voir l’intérêt). Ou encore à suivre une chaine youtube sans vous abonner sur youtube (c’est un poil plus compliqué. Par exemple, le flux pour s’abonner à la chaine de Golden Moustache est https://gdata.youtube.com/feeds/base/users/GoldenMoustacheVideo/uploads?orderby=published ; pour une autre chaîne, eh, remplace ce qu’il y a après users par le nom de la chaîne).

Si bizarrement vous n’entravez que pouic à mes explications, je vous incite à aller voir chez Sam & Max ou chez Korben, ils expliquent bien et y a des images.

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Bon, je vous vois venir avec une objection grosse comme une maison : c’est bien joli ta technologie de l’ère précambrienne (ie. du deuxième millénaire), mais depuis on a quand même facebook, twitter et google + pour ça. Non, non et renon, vous répondrai-je. Bon, twitter, à la rigueur, si vous n’avez pas trop d’abonnements (allez, moins d’une centaine, on va dire), et que vous arrivez à tout lire. Mais vous louperez des trucs, parce que sur twitter, y a quand même beaucoup de bruit. Et si le mec que vous voulez suivre n’y poste pas des liens vers ses articles, bah vous êtes bien quéquette. Parce que RSS, c’est quand même bien pratique pour un webmaster feignasse : une fois que ça marche, tout est automatique.

Facebook, par contre, même si je pense qu’il est très très dur de ne pas y être, c’est loin d’être la panacée. Et j’ai des exemples qui peuvent le prouver. J’ai appris récemment qu’une consœur tenait un très chouette blog sur le fromage, non sans brio (le Jean-Michel Calembour en moi me pousse à écrire « non sans brie » ; mais tel ce bon vieux Merkwürdigliebe,  je parviens à peu près à me contrôler). Long story short, mon abonnement via le flux RSS me permet de lire chacune de ses notes. Mon abonnement simultané à sa page facebook, eeeh… je n’ai pas eu droit à la moindre de ses notifications sur facebook. Merci Zuckie change rien c’est super !

Parce que oui, faut savoir que facebook ne transmets les statuts d’une fanpage qu’à, environ, un tiers de ses abonnés (plus il y en a, plus la proportion baisse : sur une vraie grosse page, ça tape dans les 10%. J’ai l’impression que ces taux sont en constante régression). Pourquoi ? Parce que si une fanpage veut toucher plus de monde, il faut qu’elle raque. En plus, c’est toujours plus ou moins les mêmes fans qui sont touchés. Vous pouvez être abonné à une page, et ne recevoir aucune notification. Jamais.

On constate d’ailleurs bien ça en étant de l’autre côté de la barrière, sur notre page B’Arts Scéniques (ouais, je fais de l’autopromo, mais alors sans vergogne aujourd’hui. En même temps, c’est aussi plus ou moins mon métier ; je ne sais pas si cet argument tient lieu d’excuse), on voit bien (parce que facebook, pas con, fournit des stats) qu’on ne touche que très peu de fans à chaque post ; alors par contre les pop up qui nous proposent de passer à la caisse, on les voit bien aussi.

Évidemment, je trouve ça tout pourri. Que des gens te likent, ça te fait plaisir, parce que tu reçois les notifications, parce que tu vois leur nom. Mais si tu veux un vrai lien sans intermédiaire qui vient y coller son nez, eh, RSS, c’est mieux.

Quant à Google +, si vous êtes dessus, il y a, allez, à peu près neuf chances sur dix pour que vous bossiez chez Google. Salut Victor, salut Fanny, tout baigne pour vous en ce moment ?

Ouais, je trolle à peine, mais je suis convaincu que si Google a fermé son service G Reader, qui était leader de son marché sans forcer et fonctionnait très bien, c’est pour pousser à la fois Google + mais aussi sa régie pub, qui tient, elle, une part de marché gigantesque. RSS, c’est une technologie ouverte, qui marche avec tout, et qui va précisément à l’encontre de la minitelisation que les géants de l’économie numérique aimeraient bien nous imposer. En tant que lecteur, non seulement vous gagnerez un temps fou mais en plus vous contribuerez à une certaine vision du web. En tant que créateur du contenu, vous perdrez peut être un peu en stats, en trafic et en revenus pubs, mais vous serez assurés d’être vus par les gens qui auront fait la démarche de s’abonner à ce que vous produisez.

Choisis ton camp Claude Guéant.

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1 : rule one : the doctor lies 

Keuwa, t’as pas vu… Cuvée 2013

30 décembre 2013 à 00:42 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

Pas plus tard que tout à l’heure – oui, c’est un effet de style. En vrai, le temps d’écrire cet article, il s’est passé bien plus de temps que ça. Parce que j’écris lentement, même si le faire 1) au beau milieu de la nuit et 2) avec une Rochefort 10 à la main accélère considérablement le processus. Sinon, j’avais commencé à composer la note que vous êtes en train de lire avant même ce tout à l’heure : ma façon d’écrire est il faut bien le reconnaître assez timey wimey. J’utilise donc ce que dans le jargon nous autres professionnels de la profession appelons : un gros prétexte. C’est bon, je peux commencer, ou tu vas continuer à me tenir la jambe ? – je tombais sur un article de Pierre Langlais sur les 20 meilleures audiences séries de l’année.

Le constat est implacable : sur la trentaine de séries millésime 2013 que j’ai vues, pas la moindre ne rentre dans le top 20 des audiences télé en France ; on pourrait d’ailleurs parler de top TF1 qui en truste 19 et dont le moins qu’on puisse dire est que l’écrasante majorité est relativement dispensable.

À vrai dire, ça ne me surprend pas plus que ça. J’ai l’occasion de voir des commerciaux des régies des deux grandes chaines françaises, et je suis à chaque fois assez atterré par les choix qu’elles font en achat de séries. Pas plus tard que l’autre jour – c’est encore un effet de style – TF1 nous annonçait tout content qu’ils avaient acheté la pourtant, selon la critique, bien médiocre Revolution. À la pernicieuse question de mon patron, qui demandait si on y trouvait des acteurs connus, le commercial fut bien embêté. « C’est génial, mais non, les acteurs sont pas trop connus ». Je lui glissais qu’on reconnaissait sur l’affiche Giancarlo Esposito, le Gus Fring de Breaking Bad. Dont il n’était pas loin d’ignorer l’existence.

Vous l’avez compris, il y a tellement de choses tellement plus chouettes à regarder que ce que nous proposent les deux mastodontes de l’audience, et l’époque se prête aux récaps. Allez, c’est vendu, je vais vous parler de tout ce que j’ai vu cette année. Le tout garanti 100% spoiler-free, ah ça, c’est pas ici que tu liras bien planqué au détour d’un paragraphe qu’à la fin de Breaking Bad… Gamin ! Allez, reviens ! C’est pour rire gamin !

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En matière de nouveautés, on a été plutôt gâtés cette année : j’aurais largement la matière pour faire un top 15 qui tienne la route. Mais avant tout, je dois bien commencer pas manger mon chapeau – un fez, naturellement : les fez sont cool – je vous parlais il y a six mois de la très chouette série conspirationniste Utopia, déplorant la difficulté que vous auriez de la voir sur une chaine de télé. L’arrivée de Canal + Séries a un peu changé la donne ; toujours est-il que l’offre légale reste bien faiblarde niveau rapport qualité prix. Bon, je ne reviendrai pas sur Utopia, c’est bon, mangez-en. [Mise à jour 07/01/14 : mon fez est finalement sauf : la chaîne a manifestement diffusé une version censurée d’Utopia, apparemment sans même s’en rendre compte. Je trouve ça complétement dingue.]

Un peu dans le même genre, j’ai beaucoup aimé Orphan Black, une ambitieuse série de SF sur le clonage, ou Tatiana Maslany joue à elle toute seule une bonne demi-douzaine de rôles, et même des rôles qui jouent le rôle d’un autre de ces rôles (ça va, tu suis ?). Outre cette sacrée performance, l’histoire, nerveuse à souhait, a de la gueule et c’est définitivement à voir. Restons dans le volet SF, avec la suédoise Äkta Människor, diffusée cette année sur Arte sous le nom Real Humans, qui raconte les conséquences de la fabrication de masse d’androïdes (dont on ne sait toujours pas s’ils rêvent de moutons électriques). Difficultés dans la relation humaine avec ces robots, conséquences sur l’emploi (ce n’est pas sans rappeler un épisode de South Park d’ailleurs, et son fameux They took our jobs), esclavage et début de rébellion. Intéressant dans les questions que ça pose, comme dans le parti-pris esthétique – il y a d’ailleurs un très bon article sur le sujet sur le blog de Pierre Sérisier.

Quelques épatantes séries historiques, à commencer par celle de BBC2 Peaky Blinders, qui raconte l’histoire d’un gang violent de Birmingham dans les années 1920. Cillian Murphy dans le rôle principal. Les White Stripes et Nick Cave qui forment le gros de la BO des six épisodes. Si avec ça, je vous ai pas eu ! L’autre excellente série historique de l’année nous vient d’outre atlantique, avec Masters of Sex, qui relate l’histoire des docteurs Masters et Johnson, précurseurs dans la recherche médicale sur la sexualité. Le sujet peut paraitre casse gueule ; il n’en est finalement rien, c’est bien écrit, drôle et émouvant, et c’est bien interprété, notamment par l’excellente et belle Lizzy Caplan : définitivement à voir, et, je l’espère, peut être en devenir l’une des grandes séries des années 2010. Enfin, autre temps, autre mœurs : Vikings m’a plutôt bien plu (si je n’ai pas trouvé le moyen de te parler au moins trois fois de mes authentiques origines vikings, il est plus que temps que tu me paies un verre) ; l’histoire en elle-même est relativement basique, mais la mise en scène et l’interprétation sont de qualité.

En bon tennantolâtre, j’ai aussi regardé Broadchurch et The Escape Artist, qui ont toutes les deux David Tennant en rôle principal pour les deux au fond qui n’auraient pas compris. La première est une enquête policière suite à la mort d’un enfant dans un petit village où tout le monde se connait et où tout le monde a des choses à cacher : très juste, avec une intrigue passionnante. The Escape Artist est l’une de mes rares déceptions de l’année (et encore, ça reste quand même correct) : l’histoire d’un brillant avocat qui se retrouve à défendre un type indéfendable, qui va rentrer dans sa vie. Tennant y est excellent, mais le scénario est malheureusement bien léger ; on a souvent l’impression que si le personnage a l’air aussi doué, c’est surtout parce qu’il est entouré de boulets. Bon, c’est très court (trois épisodes), et ça peut quand même valoir le coup d’œil si vous aimez les fictions judiciaires.

On est en pleine mode des zombies, mais une série (anglaise, encore une fois, désolé, hein) se démarque par une idée originale : dans In The Flesh, l’invasion a été contenue au prix d’une âpre lutte (qui n’est pas montrée à l’écran, d’ailleurs), et un remède a été trouvé. Les morts vivants, traités, rentrent dans leur foyer. Trois très beaux épisodes sur leur difficile réintégration dans la société. Et une thématique du retour assez proche de l’un de mes très gros coups de cœur de l’année, Rectify : l’histoire d’un homme condamné à mort pour un crime dont il se dit innocent et libéré au bout de 20 ans passés dans le couloir de la mort après l’annulation du premier procès, sans que le doute soit levé – dire que la communauté fait preuve d’un certain scepticisme est évidemment un euphémisme. L’histoire de sa douloureuse réadaptation à la vie d’homme libre est magistrale, très émouvante, et j’attends la deuxième saison avec impatience.

Au final, parmi le lot de bonnes nouveautés de l’année, je suis copieusement passé à côté des séries Netflix, qui ont l’air plutôt pas mal et ont obtenu un beau succès critique : House of Cards, Orange is the New Black, ou le retour dix ans plus tard d’Arrested Development. J’y vois un début d’explication, et ça tient à leur mode de diffusion révolutionnaire, avec l’intégralité de la saison mise en ligne en une seule fois. Tellement révolutionnaire que, quand Canal achète les droits d’House of Cards, elle diffuse les épisodes de manière traditionnelle (alors qu’il y avait un beau coup à faire…). Et tellement révolutionnaire que les subs ne suivent pas, et encore moins pour les sous titres propres, qui sortent au compte-goutte des mois plus tard (j’avais énormément hésité à regarder la deuxième saison de Boss avec des fastsubs, voyant au bout de six mois qu’elle n’allait vraisemblablement mettre du temps à sortir en proper. Pour des séries aussi bien écrites, c’est toujours dommage). L’autre aspect, c’est que l’absence de temps imposé sur deux-trois mois crée un énorme momentum lors de la sortie, qui disparait finalement assez vite : plus encore que pour les autres séries, il est dur d’être dans le rythme. Du coup, c’est un mode de diffusion très intéressant et une vraie alternative légale… pour peu qu’on y ait accès.

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Pas mal de bonnes nouveautés, donc, mais aussi des nouvelles saisons de qualité. A commencer évidemment par le final de Breaking Bad, série pour laquelle je dois reconnaitre un certain intégrisme : si tu ne l’as pas vue, vois-là. Fonce. Sérieusement. Ozymandias est l’un des tous meilleurs épisodes de série, il est d’ailleurs toujours avec un 10.0/10 sur Imdb. Le final est clairement à la hauteur, et clôture de très belle manière une très belle série. De son côté, Boardwalk Empire reste excellente, saison après saison. Cette fresque de la Prohibition et de la jeune mafia américaine est assez exceptionnelle, et magnifiquement portée par Steve Buscemi.

Plus ou moins tout le monde regarde Game of Thrones, Homeland ou The Walking Dead. Ça reste solide, sans être vraiment fou. J’ai vraiment failli décrocher de la saison 3 de Homeland après les trois premiers épisodes, absolument ennuyeux et ne débouchant finalement sur rien : du pur remplissage ; les quelques derniers épisodes sont bons, et j’ai beaucoup aimé le final. Walking Dead traine en longueur, et la première moitié de la saison 4 aurait pu être rattachée à la 3ème sans qu’on perde au change, d’autant plus que l’épaisseur assez hallucinante du comic justifierait d’accélérer un peu le tempo.

Une série que j’aime beaucoup et qui est montée en puissance pour sa deuxième saison : The Newsroom, qui présente la vie d’une rédaction télé, coincée entre ses impératifs d’audience et sa volonté de déontologie. C’est du Sorkin, clairement orienté à gauche, très bien écrit et idéaliste. Et ça m’a complètement eu dès sa première scène, que vous trouverez ici et que je viens donc de me taper pour la quarante-douzième fois.

Le sujet ne serait pas complet sans faire un petit détour outre-manche. J’ai déjà parlé de la très réussie Black Mirror, et de ses nouvelles qui ne peuvent que réjouir un fan de Philip K. Dick. Du haut de ses cinquante ans, Doctor Who est toujours aussi réjouissante : c’est souvent brillant, drôle, émouvant, et tout plein d’Anglais la considèrent comme la plus grande série de tous les temps, non sans raison tant l’univers créé et sa mythologie sont incroyablement riches. J’ai bien aimé le personnage de Clara Oswald, et j’attends beaucoup du nouveau docteur, interprété par Peter Capaldi. Son regard, mon dieu, son regard ! A part ça, Misfits et ses ados super-héros branquignoles mais sacrément attachants vont me manquer, de même que Luther, qui reste dans le haut du panier des séries policières, malgré un final un peu en dessous.

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J’ai bien conscience que cette note est définitivement tl;dr, donc on va passer un peu plus vite sur les comédies. Avec, encore une fois, de séduisantes nouveautés british : The Wrong Mans est un peu le pendant humoristique d’Utopia, avec des gens normaux embarqués dans un complot qui les dépasse totalement. Plebs est complètement crétine et souvent au-dessous de la ceinture, mais cette sitcom dans la Rome Antique m’a bien fait rire.

Côté nouveautés US, Hello Ladies, créée et interprétée par Stephen Merchant, le grand pote de Ricky Gervais (souvenez vous, le boss du The Office original) est de qualité, mais on ne rigole pas des masses : c’est fait pour être gênant, et l’anti-héros n’inspire pas du tout de sympathie. J’ai aussi attaqué Brooklyn Nine Nine, un cop show humoristique plutôt correct, sans plus, je m’attendais à un peu mieux de la part des scénaristes de Parks & Rec.

Côté animation, Futurama a finalement shooté sa révérence, et c’était bien. Vraiment. Et la 17ème saison de South Park, qui vient de s’achever, était de très belle facture : beaucoup d’épisodes intelligents, notamment le World War Zimmerman et la trilogie sur le Black Friday et Game of thrones, assez réjouissante ; il y a toujours un peu de déchets, mais certainement moins que d’habitude cette année.

Enfin, pour les sitcoms : Parks & Recreation est clairement sous-estimée, Big Bang Theory se laisse regarder et a quelques fulgurances sympas, et j’attends non sans une certaine impatience la fin d’un How I Met qui n’a vraiment plus rien à raconter et qui nous a livré quelques épisodes particulièrement mauvais (dont récemment l’épouvantable épisode en rimes, qu’on aurait dit écrit par une classe de sixième). Oh, et la mini-saison de Community sans Dan Harmon n’a pas été un naufrage, mais a manqué d’épisodes complètement fous qui faisaient la force des premières saisons : les paintballs, l’épisode pixel art ou celui de la théorie du chaos.

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Remettons à une autre fois ce que j’ai rattrapé, et voyons un peu ce qui nous attend pour cette année 2014 : le 1er janvier, Sherlock revient. Et le 2, c’est Community, qui est bien en passe de réussir son pari : « six seasons and a movie ». On peut dire que l’année démarre pas mal.

Et toi, courageux lecteur qui viens à bout de cette note de 13000 signes comme un champion (on voit tout de suite ceux qui cherchent à passer le temps pendant leurs vacances dans la famille ou dans leur open space désert), sache que ton combat n’a pas été vain. J’ai l’impression d’en parler depuis des années sans jamais en faire, alors c’est dit : tu gagnes en exclusivité un droit opposable à une soirée Beer To Peer. Oui, c’est comme le droit opposable au logement, tu verras, c’est promis, c’est béton !

Le coût du travail

8 décembre 2013 à 15:57 | Publié dans Du Chauff dans le texte | Laisser un commentaire

« Excellent, Monsieur Fargal. Nous pensons que vous avez toutes les compétences requises pour ce poste. Pouvez-vous s’il vous plait écrire ici vos capacités salariales, avant que nous délibérions ? »

Monsieur Fargal, lui, n’en menait pas large. Oh, il savait très bien qu’il les avait, les compétences. Pour ce type de poste, tous les candidats étaient même largement surqualifiés. Et il savait très bien que désormais tout se jouait sur la question de la rémunération ; à chaque fois il était trop bas, à chaque fois des types qui pouvaient se le permettre lui étaient passés devant. Mais, eh, il ne pouvait pas inventer l’argent, et mentir sur ses capacités salariales était naturellement un crime.

Il prit la feuille que l’un des recruteurs lui tendait, et inscrivit fébrilement « 24k ». Il ne pouvait pas aller au-delà : à ce tarif, toute la famille serait déjà condamnée aux pâtes au beurre sans beurre, et encore pas à tous les repas. Mais il était en fin de droits, et ce serait bien pire pour tout le monde s’il n’obtenait pas ce boulot.

La réponse du recruteur ne se fit pas attendre bien longtemps : « 24k ? Désolé, mais vous êtes nettement trop bas. Nous avons eu une offre à 40, et nous savons que nous finirons par trouver mieux ! Pour un poste à la semaine de quatre jours dans un bureau, notre objectif est à 50. Nous vous gardons toutefois dans notre vivier, n’hésitez pas à nous contacter si votre situation financière venait à s’améliorer. D’ici là, nous vous souhaitons bonne chance pour vos recherches. »


Dans le métro aussi sordide que bondé qui le ramenait chez lui, Fargal se fit une nouvelle fois la réflexion que cette société ne se révolterait jamais, quoi qu’elle puisse endurer. Les gens avaient choisi leur combat, et c’était celui du quotidien : se précipiter sur une place assise, faire semblant de ne pas voir ceux qui restaient sur le quai pour défendre son strapontin malgré les regards noirs de ceux qui n’attendaient que de pouvoir prendre la place.

Bien sûr, à l’époque, certains s’étaient battus. Mais les digues avaient sauté, et de plus en plus vite. Aux manifestations monstres contre la suppression du salaire minimal, voté malgré une mobilisation de plusieurs mois, avait succédé une mince contestation de l’autorisation du travail gratuit. La légalisation du travail payant n’avait été dénoncée que du bout des lèvres, tandis que les attentats contre les premiers travailleurs à avoir accepté de payer pour un emploi achevaient de décrédibiliser les rares voix qui s’élevaient encore contre une évolution que la société considérait finalement comme une simple suite logique.

Le surlendemain, il deviendrait un Parasite. Alors qu’une large majorité de la population active était concernée, le terme avait perdu de sa charge infamante. Mais ses conséquences n’avaient fait qu’empirer. Il se demandait comment il allait bien pouvoir annoncer à sa femme que tous deux allaient devoir rejoindre la Force de Travail Assistée et trimer dix heures par jour pour presque rien, et qu’ils allaient perdre toute protection sociale. Comment il allait pouvoir expliquer à leur fille de huit ans qu’elle ne reverrait plus ses camarades de classe, et allait être transférée dans une école dégradée pour les enfants d’assistés et passer la moitié de sa journée à fabriquer des produits électroniques ou à coudre des t-shirts. A côté de ça, la stérilisation temporaire qu’il allait devoir subir était presque de la rigolade.


La plupart des États avaient été confrontés au même choix de société, et la plupart avaient pris le même parti : détourner la puissance publique au profit de l’oligarchie, profiter de la crise pour créer le chômage de masse, stigmatiser le cancer de l’assistanat, et paupériser les travailleurs pour fabriquer une immense armée de main d’œuvre bon marché.

Dans certains pays cependant, les citoyens avaient pris le chemin opposé. Ils s’étaient férocement opposés aux détenteurs du capital en limitant drastiquement leurs revenus et leurs richesses. Ils avaient mis en place un revenu universel garanti qui permettait à chacun de vivre, qu’ils fassent le choix de travailler ou non. Ils avaient drastiquement réduit la durée du travail. Assez logiquement, ces derniers avaient prospéré. La consommation des ménages ne s’y était pas écroulée, la productivité y avait explosé, et leur économie était florissante en comparaison de celle des états néolibéraux ou néofascistes. Et les gens y avaient l’air nettement plus heureux.


Fargal songea un instant à s’enfuir, avant de se raviser. Échapper au travail assisté était un crime qui le conduirait tout droit en prison, où il serait bon pour trimer encore plus sur les tâches les plus dangereuses ; les détenus survivaient rarement à leur peine. Il décida finalement de se rendre directement à la Maison des Assistés pour y être enregistré. Bien sûr, y aller dès aujourd’hui lui permettrait d’éviter le grand rush de début de mois, mais il voulait surtout retarder son retour chez lui.

– « Votre dossier est complet, Monsieur Fargal. Veuillez me remettre votre Carte de Travailleur et votre Carte de Protection Sociale, et vous diriger vers l’infirmerie.
– Et ma carte d’électeur ?
– Comment iriez-vous voter sans carte d’électeur ?
– Ahah. Oui. C’est vrai. J’imagine que tout le monde se plante, la première fois…
– Mais non, quelle drôle d’idée ! Ça fait trois ans que je suis ici, et vous devez bien être le premier à me dire une chose pareille ! »

Keuwa, t’as pas vu Utopia ?

8 juillet 2013 à 01:51 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

1500 heures. C’est à peu près ce que les Français consacrent chaque année à la télévision – c’est Médiamétrie qui le dit, et j’ai toutes les raisons du monde de les croire. Même dans la tranche des 15-34 ans, on en arrive à l’aise 2h50 par jour, soit un bon millier d’heures annuel. Ou encore deux bons milliers d’heures dans la période qui sépare deux vagues de vague activité sur ce blog – oui, je fais dans la biennale comme les festoches qui se la pètent, mais que voulez-vous, j’écris pas vite !

Un bon millier d’heure disais-je donc, auxquelles il conviendra d’ajouter tout ce que nous regardons en nous affranchissant de la télévision, que ce soit sur internet ou sur DVD – et je suis assez convaincu que pour la plupart d’entre vous, ces moyens se sont largement substitués à la bonne vieille téloche.

Et pourtant, j’ai la tenace impression que pas grand monde – pour ne pas dire personne –  n’a vu ce qui sont mes deux grosses claques culturelles de ce premier semestre 2013. Allégresse et béatitude ! Il vous faudra moins de deux heures pour profiter à votre tour de ces deux grands moments de télévision !

Ainsi en est il du pilote de la mini-série conspirationniste Utopia, diffusée sur Channel 4 en janvier dernier. Tâchons de ne pas trop spoiler, et disons seulement qu’un groupe secret et totalement autonome a été créé pour défendre les intérêts du Royaume Uni en matière de santé publique, avant de totalement échapper à ses gouvernements. Dans leur recherche d’une certaine Jessica Hyde – « Where is Jessica Hyde » reviendra comme un mantra, leurs moyens semblent illimités et leur impunité totale. Pendant ce temps, des jeunes nerds, parmi lesquels on retrouve l’acteur qui joue Curtis dans Misfits, se retrouvent embarqués dans une histoire qui les dépasse complètement après avoir mis la main sur un manuscrit ultra secret, torturé et aux accents prophétiques, Utopia.

Tout est sublime dans cet épisode, parfaitement maîtrisé et captivant : la photo très belle avec son petit côté irréel, la musique magnifique, la terreur sous-jacente qui prend rapidement aux tripes, la violence terrible suivie de scènes horriblement drôles… Arrivé au générique, ma première envie était de revoir l’épisode là maintenant tout de suite. Quant aux cinq suivants – on est au Royaume Uni, les saisons sont souvent très courtes – ils sont du même acabit, jouissifs. A moins que vous ne soyez  viscéralement allergique à la violence – ça arrive à des gens très bien, et je dois bien reconnaitre que certaines scènes sont quand même un petit peu rudes – je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus.

Mon autre coup de cœur de la saison vient d’une autre mini série britannique, elle aussi diffusée sur Channel 4, Black Mirror, qui dans chaque épisode présente une histoire indépendante, comme dans un recueil de nouvelles. Pour point commun, des dystopies introduites par la prolifération des écrans. Le deuxième épisode de la saison 2, intitulé White Bear, est sans doute ce que j’ai vu de plus dérangeant et éprouvant cette année. S’il est très difficile d’en parler sans vous spoiler comme un goret, disons juste qu’une jeune femme se réveille complètement paumée et avec un fichu mal de crane, pour découvrir que tous ses voisins, comme possédés, brandissent leur smartphone pour la filmer dès qu’ils la voient.

Le spectateur est à peu près autant brinquebalé et déboussolé, jusqu’à une révélation, atroce mais ô combien passionnante, et dont je doute sérieusement que qui que ce soit pourra se targuer de l’avoir vue venir. Objet de débats hélas trois fois hélas inabordables ici sans dévoiler toute l’intrigue !

Là encore, les cinq autres épisodes sont captivants et présentent un futur qui se rapproche dangereusement, dont google glass et autres Prism n’apparaissent que comme les balbutiements. Ça fera, je l’espère, l’objet d’une autre note ; mais j’ai lu trop de littérature de l’imaginaire pour ne pas être totalement en phase avec ce mélange de fascination et de répulsion envers ce type d’avancées technologiques !

Bon, vous vous en doutez, ces deux séries sont absolument inédites en France, même sur les chaines que personne ne reçoit (poke OCS). Ceci dit, je ne doute pas que vous n’aurez guère de difficultés à les trouver du côté des suspects habituels.

Je me doute bien que je suis dans le registre de l’incantation plus qu’autre chose, mais je ne peux d’ailleurs que regretter la franche médiocrité de l’offre légale, quand elle ne se fout pas carrément de la gueule du monde (vous avez peut être  vu passer le tumblr j’voulais pas pirater ou le test des sites estampillés PUR par Klaire). Comme sans doute pas mal de monde, je serais totalement prêt à passer à la caisse pour un service qui sur abonnement offrirait :
– un catalogue de série le plus profond possible (un indice : si on ne trouve pas Black Books, Boss ou Profit, ton catalogue n’est vraiment pas profond)
– les nouveautés avec un sous titrage propre, dès le lendemain de la diffusion originale pour les séries les plus attendues (c’est devenu un vrai standard pour Game Of Thrones, par exemple, c’est assez sportif d’échapper aux spoilers à J+2) et pour les season finales ; au plus tard dans la semaine pour les autres.
– sans pub (bon, s’il y en a, on la bloquera, hein).
– avec des téléchargements non bridés, non limités et sans captchas.

Ah, je sais pertinemment qu’on n’est pas près de voir la couleur de ce type de service, et c’est bien dommage parce que j’en chie copieux (oh, suis-je donc benêt, c’est vrai. En proportion, il y a sans doute autant de mecs de la NSA parmi les lecteurs de ce blog que d’agents des Renseignements Généraux sous les masques de Guy Fawkes à une manif anti-ACTA ; il y a peut-être bien un mec de la LOLDOPI dans le tas, ne prenons aucun risque !) j’ai un excellent ami qui en chie copieux avec ces saloperies de captchas, au point qu’il en vient à se demander s’il est bien humain. Sa probable incapacité à surmonter un test de Turing au vu du succès tout relatif que rencontrent ses brillants traits d’esprit n’est pas pour nous rassurer ; tenez, là, il est à deux doigts de parler d’une super nouvelle de Philip K. Dick que ça lui évoque : ça doit être pour ça que tous ses lecteurs sont des bots !

Mais reprenons si vous le voulez bien le cours de cette note, décidément bien foutraque, et songeons au passage à conclure, puisque nous attaquons déjà la huitième page sur mon petit calepin. Nous faisions tout à l’heure semblant de nous étonner du fait que pas grand monde ne connaissait Utopia ou Black Mirror. Force est de constater qu’il est assez facile de discuter avec un amateur éclairé de séries tout en ramant pour s’en trouver en commun (et pourtant, je ne regarde pas QUE d’obscures séries UK).

Le fait de ne plus être tributaires de la programmation foireuse des chaines de télé françaises, la prolifération de grandes séries de qualité, mais aussi le besoin de temps libre que représente le visionnage d’une série (une problématique qu’on retrouve par exemple moins pour les films. Vous me direz qu’on s’y pose aussi de moins en moins la question de la qualité, avec de plus en plus de scénarios de films qui tiennent pas la route, mais c’est une autre histoire) font que finalement, chacun s’y crée sa culture, au milieu d’un vaste territoire inexploré. La série se rapproche en ce sens de plus en plus de la littérature, et on ne peut que s’en réjouir !

Télémarketing cradoque, suite et fin

26 mai 2013 à 17:15 | Publié dans Marketing | Laisser un commentaire

Il n’y a pas grand chose qui me rende vraiment méchant, et pour y arriver il faut généralement se lever de bonne heure. Le meilleur moyen s’il vous en prend le cœur d’essayer est encore de me voler mon sommeil.

Vous imaginez bien qu’un petit coup de fil d’un institut de beauté (mon dieu, mais qui vend des listings à ce point à l’ouest !) un samedi sur le coup de 9h-9h02 (ça doit être noté en toutes lettres sur leur fichier : il émerge vers 14h du mat, appelle le à l’aube, tu vas voir qu’il va rappliquer fissa dans ta boutique avec une hache), et ce pour la deuxième semaine de suite, n’est pas sans me procurer une joie intense. Et que le « Mais Monsieur » indigné, « je ne fais que mon travail ! », au lieu de s’excuser platement et de proposer de me retirer de ses bases de données,  me colle le point Godwin au bord des lèvres.

Et puis par hasard, je tombais sur le Graal.

L’épiphanie.

L’ultimate life-hack.

On peut bloquer les appels anonymes vers une ligne fixe – au moins sur la plupart des box – en composant le *82#. Qui, quand une boite de pub téléphonique vous appellera en numéro masqué comme c’est quasiment toujours le cas, l’enverra chier bien copieusement de sa lugubre mais pour une fois bienvenue  voix synthétique – vous la connaissez forcément, c’est celle de votre répondeur de bureau, ses « Mot de passe (pause exprimant sa vertu outragée) invalide » et autres « Vous avez (pause) deux (pause) nouveaux messages (pause pause) premier (je vous passe la suite ou on y sera encore dans une heure, soit le temps moyen passé à récupérer le message en question qui dans 90% des cas se résume à un « heu, tu peux me rappeler ? »).

Message personnel : j’ai menti. Le meilleur moyen de me rendre méchant, et sans forcément sacrifier votre grasse  mat, c’est encore de me laisser un message sur répondeur.

Crevons l’abcès, parlons en ! Merci de noter une bonne fois pour toutes que les « Vous pouvez laisser un message », quoiqu’en voie de disparition, sont de pure forme, et que si derrière vous n’entendez pas le « mais si vous le faites, il est fort probable que je cramerai vos enfants » prononcé avec un sourire jusqu’aux oreilles et beaucoup trop de dents, c’est uniquement, uniquement parce que j’ai déjà appuyé sur cette putain de touche dièse !

À part ça, je suis plutôt sain et équilibré, comme garçon.

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