Keuwa, t’as pas vu Utopia ?

8 juillet 2013 à 01:51 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

1500 heures. C’est à peu près ce que les Français consacrent chaque année à la télévision – c’est Médiamétrie qui le dit, et j’ai toutes les raisons du monde de les croire. Même dans la tranche des 15-34 ans, on en arrive à l’aise 2h50 par jour, soit un bon millier d’heures annuel. Ou encore deux bons milliers d’heures dans la période qui sépare deux vagues de vague activité sur ce blog – oui, je fais dans la biennale comme les festoches qui se la pètent, mais que voulez-vous, j’écris pas vite !

Un bon millier d’heure disais-je donc, auxquelles il conviendra d’ajouter tout ce que nous regardons en nous affranchissant de la télévision, que ce soit sur internet ou sur DVD – et je suis assez convaincu que pour la plupart d’entre vous, ces moyens se sont largement substitués à la bonne vieille téloche.

Et pourtant, j’ai la tenace impression que pas grand monde – pour ne pas dire personne –  n’a vu ce qui sont mes deux grosses claques culturelles de ce premier semestre 2013. Allégresse et béatitude ! Il vous faudra moins de deux heures pour profiter à votre tour de ces deux grands moments de télévision !

Ainsi en est il du pilote de la mini-série conspirationniste Utopia, diffusée sur Channel 4 en janvier dernier. Tâchons de ne pas trop spoiler, et disons seulement qu’un groupe secret et totalement autonome a été créé pour défendre les intérêts du Royaume Uni en matière de santé publique, avant de totalement échapper à ses gouvernements. Dans leur recherche d’une certaine Jessica Hyde – « Where is Jessica Hyde » reviendra comme un mantra, leurs moyens semblent illimités et leur impunité totale. Pendant ce temps, des jeunes nerds, parmi lesquels on retrouve l’acteur qui joue Curtis dans Misfits, se retrouvent embarqués dans une histoire qui les dépasse complètement après avoir mis la main sur un manuscrit ultra secret, torturé et aux accents prophétiques, Utopia.

Tout est sublime dans cet épisode, parfaitement maîtrisé et captivant : la photo très belle avec son petit côté irréel, la musique magnifique, la terreur sous-jacente qui prend rapidement aux tripes, la violence terrible suivie de scènes horriblement drôles… Arrivé au générique, ma première envie était de revoir l’épisode là maintenant tout de suite. Quant aux cinq suivants – on est au Royaume Uni, les saisons sont souvent très courtes – ils sont du même acabit, jouissifs. A moins que vous ne soyez  viscéralement allergique à la violence – ça arrive à des gens très bien, et je dois bien reconnaitre que certaines scènes sont quand même un petit peu rudes – je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus.

Mon autre coup de cœur de la saison vient d’une autre mini série britannique, elle aussi diffusée sur Channel 4, Black Mirror, qui dans chaque épisode présente une histoire indépendante, comme dans un recueil de nouvelles. Pour point commun, des dystopies introduites par la prolifération des écrans. Le deuxième épisode de la saison 2, intitulé White Bear, est sans doute ce que j’ai vu de plus dérangeant et éprouvant cette année. S’il est très difficile d’en parler sans vous spoiler comme un goret, disons juste qu’une jeune femme se réveille complètement paumée et avec un fichu mal de crane, pour découvrir que tous ses voisins, comme possédés, brandissent leur smartphone pour la filmer dès qu’ils la voient.

Le spectateur est à peu près autant brinquebalé et déboussolé, jusqu’à une révélation, atroce mais ô combien passionnante, et dont je doute sérieusement que qui que ce soit pourra se targuer de l’avoir vue venir. Objet de débats hélas trois fois hélas inabordables ici sans dévoiler toute l’intrigue !

Là encore, les cinq autres épisodes sont captivants et présentent un futur qui se rapproche dangereusement, dont google glass et autres Prism n’apparaissent que comme les balbutiements. Ça fera, je l’espère, l’objet d’une autre note ; mais j’ai lu trop de littérature de l’imaginaire pour ne pas être totalement en phase avec ce mélange de fascination et de répulsion envers ce type d’avancées technologiques !

Bon, vous vous en doutez, ces deux séries sont absolument inédites en France, même sur les chaines que personne ne reçoit (poke OCS). Ceci dit, je ne doute pas que vous n’aurez guère de difficultés à les trouver du côté des suspects habituels.

Je me doute bien que je suis dans le registre de l’incantation plus qu’autre chose, mais je ne peux d’ailleurs que regretter la franche médiocrité de l’offre légale, quand elle ne se fout pas carrément de la gueule du monde (vous avez peut être  vu passer le tumblr j’voulais pas pirater ou le test des sites estampillés PUR par Klaire). Comme sans doute pas mal de monde, je serais totalement prêt à passer à la caisse pour un service qui sur abonnement offrirait :
– un catalogue de série le plus profond possible (un indice : si on ne trouve pas Black Books, Boss ou Profit, ton catalogue n’est vraiment pas profond)
– les nouveautés avec un sous titrage propre, dès le lendemain de la diffusion originale pour les séries les plus attendues (c’est devenu un vrai standard pour Game Of Thrones, par exemple, c’est assez sportif d’échapper aux spoilers à J+2) et pour les season finales ; au plus tard dans la semaine pour les autres.
– sans pub (bon, s’il y en a, on la bloquera, hein).
– avec des téléchargements non bridés, non limités et sans captchas.

Ah, je sais pertinemment qu’on n’est pas près de voir la couleur de ce type de service, et c’est bien dommage parce que j’en chie copieux (oh, suis-je donc benêt, c’est vrai. En proportion, il y a sans doute autant de mecs de la NSA parmi les lecteurs de ce blog que d’agents des Renseignements Généraux sous les masques de Guy Fawkes à une manif anti-ACTA ; il y a peut-être bien un mec de la LOLDOPI dans le tas, ne prenons aucun risque !) j’ai un excellent ami qui en chie copieux avec ces saloperies de captchas, au point qu’il en vient à se demander s’il est bien humain. Sa probable incapacité à surmonter un test de Turing au vu du succès tout relatif que rencontrent ses brillants traits d’esprit n’est pas pour nous rassurer ; tenez, là, il est à deux doigts de parler d’une super nouvelle de Philip K. Dick que ça lui évoque : ça doit être pour ça que tous ses lecteurs sont des bots !

Mais reprenons si vous le voulez bien le cours de cette note, décidément bien foutraque, et songeons au passage à conclure, puisque nous attaquons déjà la huitième page sur mon petit calepin. Nous faisions tout à l’heure semblant de nous étonner du fait que pas grand monde ne connaissait Utopia ou Black Mirror. Force est de constater qu’il est assez facile de discuter avec un amateur éclairé de séries tout en ramant pour s’en trouver en commun (et pourtant, je ne regarde pas QUE d’obscures séries UK).

Le fait de ne plus être tributaires de la programmation foireuse des chaines de télé françaises, la prolifération de grandes séries de qualité, mais aussi le besoin de temps libre que représente le visionnage d’une série (une problématique qu’on retrouve par exemple moins pour les films. Vous me direz qu’on s’y pose aussi de moins en moins la question de la qualité, avec de plus en plus de scénarios de films qui tiennent pas la route, mais c’est une autre histoire) font que finalement, chacun s’y crée sa culture, au milieu d’un vaste territoire inexploré. La série se rapproche en ce sens de plus en plus de la littérature, et on ne peut que s’en réjouir !

Publicités

Laisser un commentaire »

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.
Entries et commentaires feeds.

%d blogueurs aiment cette page :