Keuwa, t’as pas vu… Cuvée 2013

30 décembre 2013 à 00:42 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

Pas plus tard que tout à l’heure – oui, c’est un effet de style. En vrai, le temps d’écrire cet article, il s’est passé bien plus de temps que ça. Parce que j’écris lentement, même si le faire 1) au beau milieu de la nuit et 2) avec une Rochefort 10 à la main accélère considérablement le processus. Sinon, j’avais commencé à composer la note que vous êtes en train de lire avant même ce tout à l’heure : ma façon d’écrire est il faut bien le reconnaître assez timey wimey. J’utilise donc ce que dans le jargon nous autres professionnels de la profession appelons : un gros prétexte. C’est bon, je peux commencer, ou tu vas continuer à me tenir la jambe ? – je tombais sur un article de Pierre Langlais sur les 20 meilleures audiences séries de l’année.

Le constat est implacable : sur la trentaine de séries millésime 2013 que j’ai vues, pas la moindre ne rentre dans le top 20 des audiences télé en France ; on pourrait d’ailleurs parler de top TF1 qui en truste 19 et dont le moins qu’on puisse dire est que l’écrasante majorité est relativement dispensable.

À vrai dire, ça ne me surprend pas plus que ça. J’ai l’occasion de voir des commerciaux des régies des deux grandes chaines françaises, et je suis à chaque fois assez atterré par les choix qu’elles font en achat de séries. Pas plus tard que l’autre jour – c’est encore un effet de style – TF1 nous annonçait tout content qu’ils avaient acheté la pourtant, selon la critique, bien médiocre Revolution. À la pernicieuse question de mon patron, qui demandait si on y trouvait des acteurs connus, le commercial fut bien embêté. « C’est génial, mais non, les acteurs sont pas trop connus ». Je lui glissais qu’on reconnaissait sur l’affiche Giancarlo Esposito, le Gus Fring de Breaking Bad. Dont il n’était pas loin d’ignorer l’existence.

Vous l’avez compris, il y a tellement de choses tellement plus chouettes à regarder que ce que nous proposent les deux mastodontes de l’audience, et l’époque se prête aux récaps. Allez, c’est vendu, je vais vous parler de tout ce que j’ai vu cette année. Le tout garanti 100% spoiler-free, ah ça, c’est pas ici que tu liras bien planqué au détour d’un paragraphe qu’à la fin de Breaking Bad… Gamin ! Allez, reviens ! C’est pour rire gamin !

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En matière de nouveautés, on a été plutôt gâtés cette année : j’aurais largement la matière pour faire un top 15 qui tienne la route. Mais avant tout, je dois bien commencer pas manger mon chapeau – un fez, naturellement : les fez sont cool – je vous parlais il y a six mois de la très chouette série conspirationniste Utopia, déplorant la difficulté que vous auriez de la voir sur une chaine de télé. L’arrivée de Canal + Séries a un peu changé la donne ; toujours est-il que l’offre légale reste bien faiblarde niveau rapport qualité prix. Bon, je ne reviendrai pas sur Utopia, c’est bon, mangez-en. [Mise à jour 07/01/14 : mon fez est finalement sauf : la chaîne a manifestement diffusé une version censurée d’Utopia, apparemment sans même s’en rendre compte. Je trouve ça complétement dingue.]

Un peu dans le même genre, j’ai beaucoup aimé Orphan Black, une ambitieuse série de SF sur le clonage, ou Tatiana Maslany joue à elle toute seule une bonne demi-douzaine de rôles, et même des rôles qui jouent le rôle d’un autre de ces rôles (ça va, tu suis ?). Outre cette sacrée performance, l’histoire, nerveuse à souhait, a de la gueule et c’est définitivement à voir. Restons dans le volet SF, avec la suédoise Äkta Människor, diffusée cette année sur Arte sous le nom Real Humans, qui raconte les conséquences de la fabrication de masse d’androïdes (dont on ne sait toujours pas s’ils rêvent de moutons électriques). Difficultés dans la relation humaine avec ces robots, conséquences sur l’emploi (ce n’est pas sans rappeler un épisode de South Park d’ailleurs, et son fameux They took our jobs), esclavage et début de rébellion. Intéressant dans les questions que ça pose, comme dans le parti-pris esthétique – il y a d’ailleurs un très bon article sur le sujet sur le blog de Pierre Sérisier.

Quelques épatantes séries historiques, à commencer par celle de BBC2 Peaky Blinders, qui raconte l’histoire d’un gang violent de Birmingham dans les années 1920. Cillian Murphy dans le rôle principal. Les White Stripes et Nick Cave qui forment le gros de la BO des six épisodes. Si avec ça, je vous ai pas eu ! L’autre excellente série historique de l’année nous vient d’outre atlantique, avec Masters of Sex, qui relate l’histoire des docteurs Masters et Johnson, précurseurs dans la recherche médicale sur la sexualité. Le sujet peut paraitre casse gueule ; il n’en est finalement rien, c’est bien écrit, drôle et émouvant, et c’est bien interprété, notamment par l’excellente et belle Lizzy Caplan : définitivement à voir, et, je l’espère, peut être en devenir l’une des grandes séries des années 2010. Enfin, autre temps, autre mœurs : Vikings m’a plutôt bien plu (si je n’ai pas trouvé le moyen de te parler au moins trois fois de mes authentiques origines vikings, il est plus que temps que tu me paies un verre) ; l’histoire en elle-même est relativement basique, mais la mise en scène et l’interprétation sont de qualité.

En bon tennantolâtre, j’ai aussi regardé Broadchurch et The Escape Artist, qui ont toutes les deux David Tennant en rôle principal pour les deux au fond qui n’auraient pas compris. La première est une enquête policière suite à la mort d’un enfant dans un petit village où tout le monde se connait et où tout le monde a des choses à cacher : très juste, avec une intrigue passionnante. The Escape Artist est l’une de mes rares déceptions de l’année (et encore, ça reste quand même correct) : l’histoire d’un brillant avocat qui se retrouve à défendre un type indéfendable, qui va rentrer dans sa vie. Tennant y est excellent, mais le scénario est malheureusement bien léger ; on a souvent l’impression que si le personnage a l’air aussi doué, c’est surtout parce qu’il est entouré de boulets. Bon, c’est très court (trois épisodes), et ça peut quand même valoir le coup d’œil si vous aimez les fictions judiciaires.

On est en pleine mode des zombies, mais une série (anglaise, encore une fois, désolé, hein) se démarque par une idée originale : dans In The Flesh, l’invasion a été contenue au prix d’une âpre lutte (qui n’est pas montrée à l’écran, d’ailleurs), et un remède a été trouvé. Les morts vivants, traités, rentrent dans leur foyer. Trois très beaux épisodes sur leur difficile réintégration dans la société. Et une thématique du retour assez proche de l’un de mes très gros coups de cœur de l’année, Rectify : l’histoire d’un homme condamné à mort pour un crime dont il se dit innocent et libéré au bout de 20 ans passés dans le couloir de la mort après l’annulation du premier procès, sans que le doute soit levé – dire que la communauté fait preuve d’un certain scepticisme est évidemment un euphémisme. L’histoire de sa douloureuse réadaptation à la vie d’homme libre est magistrale, très émouvante, et j’attends la deuxième saison avec impatience.

Au final, parmi le lot de bonnes nouveautés de l’année, je suis copieusement passé à côté des séries Netflix, qui ont l’air plutôt pas mal et ont obtenu un beau succès critique : House of Cards, Orange is the New Black, ou le retour dix ans plus tard d’Arrested Development. J’y vois un début d’explication, et ça tient à leur mode de diffusion révolutionnaire, avec l’intégralité de la saison mise en ligne en une seule fois. Tellement révolutionnaire que, quand Canal achète les droits d’House of Cards, elle diffuse les épisodes de manière traditionnelle (alors qu’il y avait un beau coup à faire…). Et tellement révolutionnaire que les subs ne suivent pas, et encore moins pour les sous titres propres, qui sortent au compte-goutte des mois plus tard (j’avais énormément hésité à regarder la deuxième saison de Boss avec des fastsubs, voyant au bout de six mois qu’elle n’allait vraisemblablement mettre du temps à sortir en proper. Pour des séries aussi bien écrites, c’est toujours dommage). L’autre aspect, c’est que l’absence de temps imposé sur deux-trois mois crée un énorme momentum lors de la sortie, qui disparait finalement assez vite : plus encore que pour les autres séries, il est dur d’être dans le rythme. Du coup, c’est un mode de diffusion très intéressant et une vraie alternative légale… pour peu qu’on y ait accès.

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Pas mal de bonnes nouveautés, donc, mais aussi des nouvelles saisons de qualité. A commencer évidemment par le final de Breaking Bad, série pour laquelle je dois reconnaitre un certain intégrisme : si tu ne l’as pas vue, vois-là. Fonce. Sérieusement. Ozymandias est l’un des tous meilleurs épisodes de série, il est d’ailleurs toujours avec un 10.0/10 sur Imdb. Le final est clairement à la hauteur, et clôture de très belle manière une très belle série. De son côté, Boardwalk Empire reste excellente, saison après saison. Cette fresque de la Prohibition et de la jeune mafia américaine est assez exceptionnelle, et magnifiquement portée par Steve Buscemi.

Plus ou moins tout le monde regarde Game of Thrones, Homeland ou The Walking Dead. Ça reste solide, sans être vraiment fou. J’ai vraiment failli décrocher de la saison 3 de Homeland après les trois premiers épisodes, absolument ennuyeux et ne débouchant finalement sur rien : du pur remplissage ; les quelques derniers épisodes sont bons, et j’ai beaucoup aimé le final. Walking Dead traine en longueur, et la première moitié de la saison 4 aurait pu être rattachée à la 3ème sans qu’on perde au change, d’autant plus que l’épaisseur assez hallucinante du comic justifierait d’accélérer un peu le tempo.

Une série que j’aime beaucoup et qui est montée en puissance pour sa deuxième saison : The Newsroom, qui présente la vie d’une rédaction télé, coincée entre ses impératifs d’audience et sa volonté de déontologie. C’est du Sorkin, clairement orienté à gauche, très bien écrit et idéaliste. Et ça m’a complètement eu dès sa première scène, que vous trouverez ici et que je viens donc de me taper pour la quarante-douzième fois.

Le sujet ne serait pas complet sans faire un petit détour outre-manche. J’ai déjà parlé de la très réussie Black Mirror, et de ses nouvelles qui ne peuvent que réjouir un fan de Philip K. Dick. Du haut de ses cinquante ans, Doctor Who est toujours aussi réjouissante : c’est souvent brillant, drôle, émouvant, et tout plein d’Anglais la considèrent comme la plus grande série de tous les temps, non sans raison tant l’univers créé et sa mythologie sont incroyablement riches. J’ai bien aimé le personnage de Clara Oswald, et j’attends beaucoup du nouveau docteur, interprété par Peter Capaldi. Son regard, mon dieu, son regard ! A part ça, Misfits et ses ados super-héros branquignoles mais sacrément attachants vont me manquer, de même que Luther, qui reste dans le haut du panier des séries policières, malgré un final un peu en dessous.

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J’ai bien conscience que cette note est définitivement tl;dr, donc on va passer un peu plus vite sur les comédies. Avec, encore une fois, de séduisantes nouveautés british : The Wrong Mans est un peu le pendant humoristique d’Utopia, avec des gens normaux embarqués dans un complot qui les dépasse totalement. Plebs est complètement crétine et souvent au-dessous de la ceinture, mais cette sitcom dans la Rome Antique m’a bien fait rire.

Côté nouveautés US, Hello Ladies, créée et interprétée par Stephen Merchant, le grand pote de Ricky Gervais (souvenez vous, le boss du The Office original) est de qualité, mais on ne rigole pas des masses : c’est fait pour être gênant, et l’anti-héros n’inspire pas du tout de sympathie. J’ai aussi attaqué Brooklyn Nine Nine, un cop show humoristique plutôt correct, sans plus, je m’attendais à un peu mieux de la part des scénaristes de Parks & Rec.

Côté animation, Futurama a finalement shooté sa révérence, et c’était bien. Vraiment. Et la 17ème saison de South Park, qui vient de s’achever, était de très belle facture : beaucoup d’épisodes intelligents, notamment le World War Zimmerman et la trilogie sur le Black Friday et Game of thrones, assez réjouissante ; il y a toujours un peu de déchets, mais certainement moins que d’habitude cette année.

Enfin, pour les sitcoms : Parks & Recreation est clairement sous-estimée, Big Bang Theory se laisse regarder et a quelques fulgurances sympas, et j’attends non sans une certaine impatience la fin d’un How I Met qui n’a vraiment plus rien à raconter et qui nous a livré quelques épisodes particulièrement mauvais (dont récemment l’épouvantable épisode en rimes, qu’on aurait dit écrit par une classe de sixième). Oh, et la mini-saison de Community sans Dan Harmon n’a pas été un naufrage, mais a manqué d’épisodes complètement fous qui faisaient la force des premières saisons : les paintballs, l’épisode pixel art ou celui de la théorie du chaos.

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Remettons à une autre fois ce que j’ai rattrapé, et voyons un peu ce qui nous attend pour cette année 2014 : le 1er janvier, Sherlock revient. Et le 2, c’est Community, qui est bien en passe de réussir son pari : « six seasons and a movie ». On peut dire que l’année démarre pas mal.

Et toi, courageux lecteur qui viens à bout de cette note de 13000 signes comme un champion (on voit tout de suite ceux qui cherchent à passer le temps pendant leurs vacances dans la famille ou dans leur open space désert), sache que ton combat n’a pas été vain. J’ai l’impression d’en parler depuis des années sans jamais en faire, alors c’est dit : tu gagnes en exclusivité un droit opposable à une soirée Beer To Peer. Oui, c’est comme le droit opposable au logement, tu verras, c’est promis, c’est béton !

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