Retour à la réalité

24 juillet 2014 à 08:46 | Publié dans Alcool, Foot, Musique, Séries | Un commentaire
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TroisPoints

Oui, je sais, lecteur gâté, exigeant compagnon. Je nous avais promis une note par mois, et tu me fais à fort juste titre remarquer que celle de juin est légèrement passée à la trappe. Mais à moins d’avoir traversé ces deux mois en anachorète (bien ta grotte ?), il ne t’aura pas échappé que j’avais deux-trois raisons d’être quelque peu occupé. Quelques festivals de toute beauté qui ont suivi une coupe du monde pour laquelle je pondais soixante mille signes ; un mois et demi bizarre, comme une parenthèse hors du temps, un mois et demi qui m’a laissé sur les rotules mais pas mécontent. Et ton billet t’entends-je vociférer ? Ah, c’est le moment de sortir une vieille ficelle de la presse mag, quand la rédac a envie de glandouiller paynard, on sort… et ouais, un numéro double. Et paf !

Tu l’auras compris, cette note va parler de musique, de foot… et un peu de séries parce que èh, ça faisait longtemps ; le tout en dégustant une The Kernel, parce qu’y a pas de raison. Si rien de tout ça ne te branche – comment, je nous croyais entre hommes de goût – il y a aussi plein d’autres articles chouettes juste là à ta droite.

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Début juillet est désormais marqué d’une pierre blanche sur mon agenda, avec deux festivals qui présentent l’avantage d’être 1) en plein cœur de Paris et 2) totalement gratuits, ce qui m’arrange bien tant je déteste devoir m’y prendre à l’avance et m’engager à être dispo X mois plus tard : je déteste ça au moins autant que faire une valise de départ avant la dernière minute, au moins autant que les clowns (Ça, évidemment) et les coiffeurs (qui devront un jour payer) ; je crois que j’ai déjà évoqué mon cauchemar de me faire couper les cheveux par un clown, une certaine idée de l’enfer.

Totalement gratuits, donc, sauf pour l’amateur de Heineken, mais si vous buvez de ça vous méritez bien de la payer sept balles la pinte, laissez moi siroter ma Sainte Cru. J’avais découvert le Fnac Live il y a deux ans, Soirs d’Eté seulement l’année dernière, ce qui ne manque pas de me faire me demander ce que je pouvais bien branler avant. Mes amis à qui je pose la question me répondant tous qu’ils ont bien une idée sur la question ; vu qu’EUX NON PLUS n’y étaient pas, je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

L’occase déjà de voir l’an dernier Eiffel, les Babyshambles, Jake Bugg, Puggy, Bastille, Tété, Jil is Lucky et les Naïve New Beaters sur la toute nouvelle place de la République, Higelin, Lilly Wood & the Pricks, Concrete Knives, Christine & The Queens, Miles Kane et Palma Violet sur le parvis de l’Hôtel de Ville, j’en passe et des meilleurs.

Cette année, c’était pas mal non plus.

Les copains de chez Oüi FM, aux manettes de la prog de Soirs d’Eté, ont sacrément bien assuré. Ça commence dès le dimanche soir avec Shaka Ponk dans un show hyper bossé, calibré pour la scène, au milieu d’une foule hyper chaude. Dès le lendemain, j’avais la joie d’enfin voir les Wampas (qu’est-ce que j’ai pu écouter ça ! Ça me sert même de bulletin de vote !), dans le pogo sous la scène, à hurler que Didier Wampas, décidément, c’est le roi ! Juste avant eux, les belges de Triggerfinger sont une belle découverte, un son sacrément puissant et une (oui, bon, assez vague, ok) impression de voir Lorne Malvo sur scène.

Ça continue dès le lendemain avec un autre groupe que j’ai pas mal écouté au lycée, les Australiens de John Butler Trio. C’était top, à part le random guy qui a amorcé une ascension de la statue de la République (et est monté sacrément haut), dont la foule a bien cru qu’il allait se tuer en plein milieu d’Ocean (non que ce soit pas une chanson adéquate, mais merde quoi). A ce moment-là, j’avais déjà le dos bien en miette, qui s’ajoutait à un bon déficit de sommeil dû aux matchs à deux heures du mat. Ceci dit, je ne regrette absolument pas d’avoir loupé les 80 premières minutes du légendaire Brésil-Allemagne ; la joie mêlée de surprise, en passant devant un bar en rentrant, de voir qu’il y a déjà 6-0. Et puis avec ma veine, mon ordi aurait planté de la 25ème à la 30ème, alors.

Je n’ai réussi à motiver personne à aller voir de très chouettes Klaxons en VIP mais sous une pluie battante et par un froid de gueux. Plus de succès le lendemain, et une sacrée cuite devant des Zebda déchainés, les Naïve (peut-être un peu moins bons que l’an dernier) et des Mustang qui m’ont un peu déçu (au même titre que Cats on Trees le dimanche). J’ai pas un souvenir fou du reste (The Dukes, Kodaline, Eugene McGuinness, Griefjoy, Natas loves you), mais ça m’a paru cool sur le moment, faudra que je réécoute tout ça plus en détail.

Vendredi, épuisé, avec une sacré crève, j’y suis surtout allé pour pouvoir me la raconter à dire que j’avais fait le grand chelem. Deluxe était cool ; FFF, ça m’a surtout permis de piger qui était le fuck ce Marco Prince qui était tout le temps invité au Burger Quizz. S’ensuivirent trois jours de plein sommeil, à peine troublés par les finales du mondial.

Trois jours de boulot, et ça repart du côté de l’Hôtel de Ville, cette fois sous un soleil de plomb (c’était amusant de voir comme tout le monde se rapprochait de la scène à mesure que l’ombre gagnait du terrain ; toujours est-il que les chanteurs étaient en plein cagnard. Je me souviens de Rover en 2012 suant comme un bœuf sous sa veste en cuir, expliquant que la veille à Bruxelles y caillait des meules, mais je dérive.)

Mø et Julien Doré (et sans doute d’autres avant eux, mais ça commence toujours trop tôt pour passer se changer, parce que la tenue de taf sous un cagnard pareil merci) ont bien chauffé la scène, même si je trouve qu’il manque un truc à Doré sans trouver quoi. Puis M. Grandiose, M. Une heure quarante de concert (pour un festoche gratos…), un beau mix de ses tubes et de chansons plus récentes. Grand moment. Le lendemain, La Femme, Breton et Gaétan Roussel : je m’attendais à des trucs chouettes, j’ai pas été déçu.

J’ai fait l’impasse sur le samedi et sur le dimanche soir, parce qu’Orelsan, Fauve et Bernard Lavilliers (Bernaaard Laaavilliers, mais qu’est-ce que tu vas pouvoir faire, il te reste plus de métier à faire !), c’est vraiment moins mon truc. J’ai passé une tête pour Kid Wide et Mina Tindle, c’était cool.

Et je me retrouve donc, après deux semaines de concerts et cinq de foot, en pleine décompression, avec le besoin urgent de raconter tout ça.

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Mais j’en vois se tortiller sur leur chaise depuis tout à l’heure, avec une question qui leur brule les lèvres ; dans ma grande mansuétude je consens à leur laisser la poser : ah ouais, t’aimes bien le foot ? Comme si c’était pas raccord avec ma ligne éditoriale et politique.

Bah ouais. Déjà, j’ai des tonnes de vieux souvenirs d’enfance de foot. La Coupe des vainqueurs de Coupes du PSG en 96 (c’est resté ma compète préférée, qu’est-ce que je la regrette quand je vois à quoi ressemble l’actuelle Ligue des Champions !) ; ce jour d’août où au lendemain d’une défaite en Roumanie, mon grand-père qui se levait toujours à l’aube dit à un petit Chauff (qu’on s’évertuait alors aussi à réveiller à l’aube) tout embrumé qu’« il est arrivé un coup terrible au Paris Saint Germain », une défaite 3-0 sur tapis vert – le match retour sera épique, le PSG gagnera 5-0, France 98 évidemment, j’aurai passé les deux tiers du match à tourner dans la pièce. Les parties de FIFA 98…

Plein de souvenirs de cour de récré aussi. J’ai déjà parlé de mon école ; j’y ai éprouvé une grande injustice un jour où, goal, l’un des curés m’avait mis les mains devant les yeux en gueulant « qui c’est ? », j’avais évidemment encaissé le but tandis que Curé filait à l’anglaise et que mes protestations laissaient mes camarades de marbre : rep à ça Jean Jacques Rousseau, ça c’est de l’injustice (et aussi sans doute l’amorce de mon athéisme radical, mais c’est une autre histoire). Autre traumatisme, les élastiques des filles attachés par sorcellerie à deux poteaux que nous faisions immanquablement sauter. J’étais plutôt intelligent pour mon âge, j’avais bien pigé comment l’attacher au premier poteau, mais le second, j’ai jamais pu (je soupçonne une astuce incroyablement naze et triviale, donc la sorcellerie me va très bien). Au collège où nous y passions toutes nos récrés, il fallut bien se rendre à l’évidence, malgré des heures et des heures de pratique je jouais comme une bite et acceptais conscient de mes limites de me recentrer sur un supporteuriat polymorphe : Paris évidemment, mais aussi pas forcément simultanément et pour des raisons diverses Nantes, Laval, la Juve ou Sankt Pauli.

Ca relève de l’anecdote, mais un jour où je réfléchissais à mon long parcours sur le web (comment je suis arrivé sur ce site ? comment j’ai connu celui-là ? Qui j’ai rencontré ? Où j’ai trainé ?), en remontant de fil en aiguille, j’ai réalisé que tout aurait été différent (et donc que je n’aurais peut-être pas du tout été la même personne) si ce dimanche-là, à l’aube des années 2000, je n’étais pas allé traîner sur psg.fr. Et ouais.

Et s’ensuivra donc un goût pour le foot. Mais un goût élitiste, sur la ligne des Cahiers (Un autre foot est possible, moins soumis à la FIFA et à l’argent, fait de foot et d’eau fraîche. Et l’important, c’est évidemment les trois poings !), un goût de gauchiste sans doute.

D’où une certaine culture foot – alors que je reste un peu une pine en tactique et que j’ignore tout plein de joueurs – mais plein d’anecdotes à la con grappillées ici et là (l’une de celles qui me fait le plus rire est celle de Just Fontaine qui raconte qu’en 58, l’Equipe de France ne connaissait pas les paroles de la Marseillaise et avait chanté Les Couilles de Mon Grand Père devant les officiels suédois lors de la récompense de la troisième place ; c’est pas la Génération 87 qui se permettrait un coup pareil. Mais « Coupet l’aurait arrêtée » ou la taupe d’Evra me servent aussi régulièrement), et une certaine connaissance des championnats belges, chypriotes voire saint-marinais (le championnat de saint marin a une formule de play off d’une complexité étourdissante).

Ni supporter braillant ni cynique blasé tendance mort-au-foot, un peu comme pour la bière – je déguste une St Stefanus là ; oui, ces notes mettent plusieurs jours à s’écrire – élitiste entre le bobo et le beauf, ni bobo ni beauf, sans doute un peu bo-beauf.

C’est ce qui m’amenait à organiser un concours de pronos au taf, et à pondre un compte rendu détaillé de, donc, 60 000 signes (cette déjà longue note en fait 12 500), truffée de bande sons, de gifs, d’histoires rigolotes et de privates jokes et que vous pouvez retrouver par ici, je note les noms de ceux qui cliquent pas.

60 000 signes, plein de soirs à écrire devant le match à deux heures du mat, devant cette sacrée coupe du monde, ses scénarii complètement timbrés (au moins jusqu’aux quarts), ses buts magnifiques et ses coupes de cheveux au moins autant – les footballeurs eux adorent les coiffeurs, quand je vous dis que j’avais pas les qualités pour faire ce métier !

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Et donc le retour à la réalité. Entre le manque – rhâââ, je me referais bien une coupe du monde ou un festoche – et le repos – rhâââ tout court.

Et l’occasion de rattraper quelques séries en retard.

Utopia qui revient, déjà. C’était ma claque de l’an dernier, c’est toujours aussi fou avec un premier épisode totalement flash-back, des turns à la pelle, j’adore ce pouvoir du Network, l’esthétique du show, la musique, j’adore Jessica Hyde. Utopia, c’est peut-être pas ce qui se fait de mieux dans l’absolu mais c’est ma préférée.

Le retour de Rectify fait bien plaisir, aussi. Rectify, c’est l’histoire d’un type condamné à mort il y a 20 ans, libéré sans être vraiment innocenté, qui revient dans une société qui continue à le juger. Ses personnages sont donc tous libres mais profondément enfermés, entravés. C’est d’une super sensibilité, et c’est toujours aussi bien. La saison 2 d’In the Flesh est aussi une réussite, l’histoire de la réintégration non pas de condamnés à mort… mais de mort-vivants soignés.

Masters of Sex revient aussi, et si ça garde le rythme de la première saison, ça devrait être top. J’ai été un peu déçu par le retour d’Orphan Black par contre. La performance de Tatiana Maslany (qui joue 7 ou 8 personnages) est dingue, mais le scénar part dans tous les sens.

Au rayon nouveautés, The Leftovers démarre bien. 2% de la population mondiale a disparu d’un coup, et trois ans après la société est profondément marquée, avec plein de sectes qui prolifèrent, et une capacité à me fouttre les foies extraordinaire.

Et puis, si vous ne les avez pas vues, je me demande ce que vous attendez pour rattraper True Detective et Fargo. Vous n’avez aucune excuse.

Ah, c’est pas avec tout ça que je vais tenir mon objectif de voir 100 films dans l’année – j’en suis à 38 depuis février, pas mal de Wes Anderson, de Terry Gilliam…

Retour à la réalité, dira-t-on.

Advanced Introduction to Beerology

18 mai 2014 à 14:35 | Publié dans Alcool | 2 commentaires
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Punk IPADepuis le temps qu’on se connait, mon lecteur, j’ai comme une petite question à te poser. C’est une question rhétorique puisque j’en connais très bien la réponse, mais tu le sais je suis très rhétorique comme garçon. « Hey Camarade, t’as pas un peu l’impression de toujours boire les mêmes bières ? »

Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! Je sais très bien ce que tu bois, et entre toi et moi y a pas spécialement de quoi être fier. Oh, on a tous plus ou moins le même parcours, à part les quelques-uns qui viennent d’un coin brassicole : on a commencé par des pils industrielles dégueulasses, par les Heineken insipides, par les kros par packs de 24 ; vu qu’on avait quand même un minimum de goût, on a évité les étapes premiers prix, on trouvait quand même les Koenigsbier et autres saloperies en cannette imbuvables. On était jeunes on s’en foutait, c’était bien assez pour faire un caps, même si au fond de nous on savait que c’était de la pisse.

Et ce semestre au Canada où on buvait des Unibroue au goulot comme des sagouins, les Fins du Monde, les Maudites, les Trois Pistoles, on se fouttait bien de la gueule des étudiants du coin convaincus que la Molson était le summum, on se fouttait bien des Allemands incapables de boire ça, d’autant qu’on avait une réputation de Connards Arrogants à justifier ; on ne savait pas encore que la Fin du Monde allait être sacrée meilleure bière du monde, puis qu’elle deviendrait introuvable à l’export, on la buvait au litre et on l’achetait par valises – je veux dire littéralement, cette anecdote étant bien évidement authentique. On tombait sur des microbrasseries très chouettes qui faisaient des rousses de folie, on avait passé un palier.

Et puis on retombe dans nos travers. On n’achètera plus jamais de Kro ou de 16, mais on est passés aux « bières d’abbayes », avec tous les guillemets qui s’imposent, tant les leffe, grimbergen et autres affligems restent des bières industrielles d’entrée de gamme. Oh, on a eu des fulgurances. Une Chimay bleue de temps en temps, une anglaise un peu sympa. Mais on buvait toujours les mêmes choses, on se sentait presque esthète en ramenant une affligem triple ou une leffe 9, d’autant que cette dernière n’était pas encore sur la liste de la CIAC.

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Mais avant de pousser plus loin, deux disclaimers. Rappelons à nos amis mineurs qu’ils ne devraient pas trainer sur des sites peu recommandables même pas sur la liste blanche du CSA alors qu’il seraient bien mieux ici ou . Rappelons aussi que L’abus-d’alcool-est-dangereux-pour-la-santé-à-consommer-avec-modération, vous l’avez lu ici en premier. Il va de soi que nous promouvons une consommation d’esthète, raisonnable et non immodérée.

Oui, ça s’appelle un peu blinder ses fesses, mais que voulez-vous, je suis bien trop mignon pour aller en prison.

Et interpellons les amis lecteurs qui, trompés par un titre en anglais et captés par un style reconnaissable entre tous sont arrivés jusque-là alors que, les margoulins, ils « n’aiment pas la bière » : soyez sauvés, mes frères, mes sœurs, il est très possible il est très probable que vous n’aimiez pas les pils, les pales lagers, et encore des versions très industrielles. Je prendrai même comme un challenge tout personnel de vous convertir, philistins que vous êtes, et croyez m’en, je pars gagnant : il va de soi qu’à l’instar de ma soirée Beer to Peer promise en ces lieux un peu plus haut, cette déclaration vaut faire part d’invitation à une soirée dégustation ; il va également de soi que ce qu’il y a de chiraquien en moi sait que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Il va enfin toujours de soi que j’ai retenu la leçon et que j’arrêterai de servir aux néophytes des Trappe Quadruples, puisqu’elle a déjà rendu malades comme des chiens deux d’entre vous ; je ne balancerai pas les noms au tout venant par charité. La qualité de ma cuisine étant totalement (ah si !) hors de cause, ça doit être les levures. Sachez que je lève encore mon verre à vous en rigolant, les amis !

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Mais je m’éloigne, je m’éloigne, et j’en oublie que j’ai d’abord une histoire à vous raconter. Une histoire d’épiphanie, une histoire de révélation, une histoire de conversion. Il y a environ six mois de cela j’avais retrouvé une amie à Chatelet, et nous avions décidé d’aller boire un coup. Ayant perfidement pris les devants, j’avais repéré un café qui devait s’appeler quelque chose comme Au Trappiste ; je ne m’y connaissais pas plus que ça mais ça me parlais vaguement. Je n’étais pas déçu : la carte des bières était longue comme le bras, on aurait pu s’y noyer, ce que je fais d’ailleurs allègrement m’attirant les sarcasmes de l’amie suscitée qui avait opté, elle, pour un capuccino, parce que quand elle va dans un bar à bière elle prend un capuccino, anarchie vaincra, tout ça tout ça. J’optais finalement complètement au pif pour une Rochefort 8, pour la principale raison que je n’avais jamais entendu ce nom avant – j’aime bien les découvertes. « Ah ah, tout ça pour ça », balançait la jeune fille au capuccino, totalement au pif aussi, vu qu’elle ne boit jamais d’alcool sauf quand elle confond une bouteille de cristalline remplie de rhum avec une bouteille de cristalline pas remplie de rhum à neuf heures et demie du matin, une excellente stratégie pour faire carrière dans la haute piraterie soit dit en passant. « Comment tout ça pour ça », m’exclamais-je ! Je ne le sais alors pas encore, j’aurais aussi bien pu tomber sur une sombre bouse comme l’ignoble Rince-cochon, ou sur du simplement pas top comme la hautement surestimée Tripel Karmeliet, l’histoire se serait sans doute arrêté là et vous auriez droit à une énième note politique au lieu de celle-ci. « Mais je suis un esthète, et suis prêt à parier que cette Rochefort 8 est totalement froudée ! » (oui, j’ai tendance à faire dans l’alexandrin, quand je m’emporte). Et froudée elle fut, bien évidemment. Devant mon verre, c’était tout un nouvel univers, toute une nouvelle culture qui s’ouvrait à moi. Je n’avais jamais bu ça, et ça n’était que le premier choc d’une longue série.

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Car démarrait alors une irréfragable frénésie ; je dégotais sur le web un site plutôt pas mal de vente en ligne, où j’achetais une sélection de trappistes dont les fameuses Rochefort, pas spécialement donné (surtout que les frais de port alourdissent la note, après la livraison est nickel) mais plutôt top pour démarrer. Dans le même temps, je découvrais tout près de chez moi une très chouette cave à bière, Bières Cultes (4 boutiques dans le centre de Paris), dont je franchissais les portes non sans une certaine appréhension, tout newbie que j’étais. Et bien comme à chaque fois que j’y suis retourné, le conseil était au top, on s’y sent comme chez soi et on peut même y boire un coup. J’y découvrais entre autres les Brewdog,  et repartais avec un bon conseil : les bonnes bières, surtout les brunes, faut surtout pas les boire trop froides (ça flingue le goût – c’est aussi pour ça que les Kro sont servies glacées) et encore moins les stocker au frigo ; alors autant les industrielles stockées couchées dans le bac à bière, allez-y, autant si vous achetez de bonnes choses mettez les debout à l’abri de la lumière et des variations de chaleur (si vous avez une cave c’est top, sinon une armoire fait très bien l’affaire).

Je trainais sur des forums d’intégristes de passionnés (« Budweiser ? Dans la même gamme de produit, je préfère le Perrier. »), je trouvais d’autres bonnes boutiques : le Bootlegger à Pernety a surement le plus de choix, et m’a l’air un poil moins cher que Bières Cultes. La cave Pommier dans le marché d’Aligre (12ème) est sans doute la moins chère des trois au global, après ça dépend évidemment des références.

Je me surprenais également à guetter les étagères des supermarchés, celles juste à côté des packs avec ces bouteilles vendues à l’unité que je n’avais jamais daigné regarder. Dans les Monoprix et les Carrefour, on peut y trouver de bonnes surprises à des prix imbattables : les Trappe Quadruples suscitées, des Duvel Triple Hop, des Westmalle… et même parfois des Brewdog Punk IPA.

Puisque j’y reviens, on va se poser cinq minutes sur cette très chouette brasserie artisanale écossaise, dont l’une des affiches illustre cet article. Brewdog a été lancé par deux potes et leur chien il y a cinq-six ans, en réaction aux breuvages insipides des grandes multinationales – coucou Stella Artois, coucou Heineken – ces bières sans âmes et dont le seul intérèt réside dans ce qu’elles subissent dans ce clip. Leurs IPA, la Punk et la Hardcore ont une amertume fabuleuse et un nez de litchi assez surprenant. La 5 AM Saints est une super ambrée, et leur étiquette dit vraiment tout (« Maybe you want to define yourself with bland, tasteless lowest common dnominator beer. We won’t have any part of it (…) The UK beer scene is sick. And we are the fucking doctor. »). Leur succès est assez foufou, l’association de produits formidablement bien branlés et d’un marketing à la fois hyper fun, super bien écrit et très offensif.

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Lâche les packs de bières industrielles, ça vaut rien. Plonge-toi dans les bonnes bouteilles. Ça te coutera un peu plus cher, peut-être le double, la plupart des bouteilles tournent entre 2 et 3€ les 33cl (bon, y a aussi beaucoup plus cher). Ça te demandera plus d’implication, plus d’effort, peut-être même un peu de passion. Mais c’est comme tout ; bois mais bois mieux.

Tu peux passer ta vie à regarder les Feux de l’Amour, consommer des tétrachiées d’heures de deux trois soap, ça ne fera pas de toi un sériphile. Ou tu peux piocher dans les True Detective et les Fargo, les Rectify et les Peaky Blinders, les Black Mirror et les Utopia, les Community et les Black Books, les Masters of Sex et les In The Flesh, les Breaking Bad et les The Wire.

T’as le choix mon pote.

Love hops and live the dream !

La Fontaine, la fourmi et la haine

27 avril 2014 à 14:09 | Publié dans Alcool, Littérature | Laisser un commentaire
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La HaineIl est un avantage pour le moins méconnu d’avoir une excellente mémoire de ses soirées alcoolisées : les discussions qu’on y tient se transforment assez vite en des notes de blog qui s’écrivent toutes seules. Beaucoup plus vite certainement que celle sur laquelle je tire la langue depuis un bon mois et qui stagnouille désespérément dans mes brouillons.

On y parle beaucoup, on y est cuistre et foutraque : plus que d’habitude en tout cas. On ne sait trop comment ni pourquoi, on se met à parler de théâtre classique, à citer Phèdre, « Et la mort à mes yeux dérobant la clarté rend au jour qu’ils souillaient… », on marque un temps d’arrêt tout théâtral, on fait semblant de s’étonner que personne ne conclue, « Toute sa pureté, bordel ». Et puis, ces enchainements bizarres dont on a à rebours bien du mal à remonter la causalité amènent le débat sur La Fontaine.

La Fontaine, c’est bien, ça met tout le monde d’accord. La Fontaine, on vous l’a tous fait apprendre par cœur quand vous étiez tout petits, parce que c’est kikinou comme tout, il y a des animaux partout. C’est à la fois pas trop gnangnan et un peu plus facile d’accès que la tirade du Cid. Et nettement moins flippant qu’une armée de marmots qui réciteraient du Baudelaire (« Je suis de mon cœur le vampire, / Un de ces grands abandonnés / Au rire éternel condamnés, / Et qui ne peuvent plus sourire ! », brrrr…). Les fables que vous connaissez, vous les avez vues avec vos yeux d’enfants, hauts comme trois pommes. Puis vous n’y avez plus trop réfléchi. Évidemment, on passe alors à côté de plein de choses. Au risque de stagner sur ses sombres contresens.

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Ça ne me surprend plus guère : quasiment tout le monde – faites le test autour de vous – considère la Cigale et la Fourmi comme un plaidoyer pro-Fourmi. Bien sûr la morale n’est pas explicite ; mais les enfants en plus d’être généralement assez angoissants (ah si) sont structurellement de droite (aussi). Car contrairement à moi vous n’avez pas tous passé vos premières années dans du privé catholique, ce genre d’école où l’on considère comme miraculeux d’arriver au collège encore vierge. Je me demande encore comment je m’y suis pris alors que je présentais deux handicaps normalement rédhibitoires : 1) j’étais un petit garçon extrêmement mignon (je vois bien que vous ne me croyez pas mais j’ai des photos pour le prouver), et surtout 2) je courais moins vite que les curés.

Je diverge pas mal, et, pour paraphraser l’ami Desproges, dieu sait si c’est énorme ; je diverge même volontairement et en toute connaissance de cause : je reprends sans vergogne les recettes de mon vieux billet sur Desproges justement, dont je vois bien qu’il m’apporte le gros de mon trafic via les moteurs de recherche («vous êtes huiiiit milliiions, sur cette plaace de la Bastille ! »). Il fut d’ailleurs un temps hélas révolu – google a depuis tout passé en https comme des sagouins et on ne voit plus rien – où l’on pouvait encore savoir ce que les gens tapaient dans le moteur pour finir par arriver chez vous – les stars de la blogosphère en ont tiré des best-of, dont les plus drolatiques sont encore ceux de Jaddo. Je ne sais d’ailleurs pas si les deux gonzes qui cherchaient « censure caca » sur google image ont spécialement trouvé leur bonheur chez moi, mais ça illustre magnifiquement à quel point mon lectorat est sélectif et qualifié.

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Mais j’en arrive finalement à notre Cigale et à notre Fourmi, sur lesquelles la méprise n’est, donc, pas loin d’égaler celle du Peut-on rire de tout allègrement évoqué dans le billet susmentionné, je ne sais pas si vous remarquez comme tout se tient et à quel point mes incises sont bossées.

Hey les amis, quand on est une sombre connasse mal baisée, terne et bêcheuse comme la fourmi, la moindre des choses, c’est bien de financer ces poètes et ces saltimbanques qui mettent de la couleur et de la musique dans la vie. Lâche ton mécénat, Fourmi, lâche ton mécénat à la Cigale La Fontaine ! La Fourmi : le genre de gars que la meilleure façon de leur faire cracher leur tournée, c’est encore de leur enfoncer deux doigts dans la gorge. De ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques, qui s’laissent porter par le système, qui font les grèves pour protester dès qu’les escalators y tombent en panne. La pire des races !

Si l’interprétation que vous en aviez petit, c’est travaille bien et reste dans le moule, c’est peut-être parce qu’on vous a bien bourré le mou avec. On passe à côté du sens des mots (« c’est là son moindre défaut »), parce qu’on a beau être un gamin sacrément brillant, on entravait un peu que pouic par moment ; c’est la même avec le ramage et le plumage du Corbeau, on se gardait bien de l’expliquer de crainte de se retrouver avec une armée de mouflets machiavéliques avides de la moindre faiblesse à complimenter.

On peut continuer longtemps : le loup et l’agneau, si ce crétin d’ovin n’avait pas fait dans l’excuse carpette et dans la flagornerie évidente, ce n’est peut-être pas lui qui se serait fait croquer. Mais c’est plus simple de demander aux enfants d’être pour la fourmi contre la cigale, pour le chien contre le loup. A toi de sortir de ce conditionnement, poil aux dents.

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On se rend bien compte qu’on commence à être fouttrement saoul ; qu’importe, on continue à picoler. D’ici quelques minutes, on s’insurgera contre ses potes dont on se demande comment ils ont pu atteindre un tel âge canonique sans avoir vu tel ou tel film (rhâââ, Brazil, gnniiii Trainspotting), telle ou telle série (mon côté Keuwa, t’as pas vu… ? remonte vite à la surface) ; on part dans des références de plus en plus absconses ; c’est mon côté Abed dans Community. Undateable, ajouterait Frances Ha.

A ce rythme-là, on en arrive on ne sait comment à disserter de nos chances de survie en cas d’invasion zombie – quasi nulles dans ce bar ; on se demande où est la boutique Stihl la plus proche pour acheter un taille haie à bras télescopique de quatre mètres ; on se demande pourquoi ils n’utilisent pas de taille haie à bras télescopique de quatre mètres dans les films et séries de zombies.

D’ici quelques minutes, on va pousser le vice à se mettre à parler de Shortbus. On passe plutôt une bonne soirée.

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