Des droits imprescriptibles des sériphiles

14 janvier 2017 à 19:31 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire
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top2016bOn pourrait presque croire que ça leur a pris comme une envie de pisser : toutes les rédactions de France et d’ailleurs se sont mises, ces dernières semaines, à nous pondre un article sur « la nouvelle pratique qui débarque d’outre-Atlantique et qui fait très très peur même qu’on a même trouvé un mot pour en parler », le « speed watching », le visionnage en accéléré des séries. Toutes les rédactions ? Après Rue89 qui a ouvert le bal, toutes : Les Echos, Libé, le Parisien, Biba, Camping Car & Caravaning… Je sais bien que les rares journalistes qui errent dans leur rédac déserte se font chier comme des rats morts entre Noël et le Jour de l’an, et qu’hâtivement traduire un article US qui claque du clic est toujours rentable, mais… oh, et ces réactions de vertu outragée dans toute sa splendeur, ces WTF atterrés !

Il m’arrive assez régulièrement de presser la touche + de mon VLC (que tout le monde utilise depuis bien cinq ans, alors l’innovation technique qui vient de sortir merci), principalement dans deux cas de figures : sur des storylines décevantes – si vous en voulez un parfait exemple, prenez tout ce qui touche à la fille Brody dans les saisons 2 et 3 de Homeland, c’était fascinant comme c’était nul – ou molles ; et lorsque je regarde des vieux épisodes des années 60/70 dont le rythme est tellement lent qu’en comparaison Rectify c’est du Sorkin.

Tenez, puisque vous avez la gentillesse de me lancer sur le sujet : je suis en plein dans les épisodes classiques de la cultissime Doctor Who de la BBC, qui fêtait il y a peu son cinquantième anniversaire. Pour ceux qui depuis leur bulle de filtre n’en auraient jamais entendu parler, cette série suit les pérégrinations d’un extraterrestre d’apparence humaine, le Docteur, qui dispose d’une machine à voyager dans le temps et l’espace et a pour hobby de protéger la Terre de tout ce qui peut la menacer. L’un des coups de génie des scénaristes est que le Docteur se régénère dans un nouveau corps au lieu de mourir, d’où l’épatante longévité de la série qui a débuté en 63 avant de faire un gros hiatus de 89 à 2005. Je ne peux que vous conseiller de vous y mettre si vous aimez un minimum l’imaginaire, en démarrant comme tout le monde avec les nouveaux épisodes de 2005 (et en vous obstinant malgré des débuts parfois kitschs, qui ont dû ravir ceux qui étaient en terrain connu mais peuvent quelque peu dérouter le novice de 2017). Si vous accrochez  au point d’acheter choses aussi bizarres que des T-shirt mash-up avec Futurama, vous aurez peut être envie de mettre le nez dans les saisons classiques, qui pour sympathiques qu’elles soient sont également d’une lenteur incroyable et d’une longueur du même allant, où le visionnage en x2 n’est pas vraiment un luxe.

Un reproche me surprend un peu, c’est celui du manque de respect envers l’ŒUVRE, le travail de l’auteur et la façon dont il a voulu que la série soit vue. Je ne sais pas vous mais j’ai eu une période où ado je dévorais David Pennac (je crois que j’ai lu Messieurs les Enfants d’une traite, une nuit, avant de le relire non moins d’une traite à peine les derniers mots finis), et j’avais particulièrement aimé les Droits Imprescriptibles du Lecteur qui figurent dans son livre-manifeste Comme un Roman. Le droit de ne pas lire, de relire ou de ne pas finir, le droit de lire n’importe quoi et n’importe où, le droit de revenir en arrière ou de sauter des pages. J’étais déjà un gros lecteur, mais ça m’avait fait un bien fou (alors imaginez l’effet sur un enfant qui n’aime pas lire).

Alors, amis sériphiles, vous faites bien ce que vous voulez ; regarder en accéléré, c’est comme dévorer un plat ou un bouquin. Si c’est sur un chef d’œuvre c’est dommage pour vous, ça serait comme avaler de la haute gastronomie. Vous louperez les nuances, les musiques, les détails ; je pense qu’il vaut mieux le réserver à des créations moins abouties, à des storylines moins intéressantes. Mais dans le fond, vous ne devez rien au créateur.

D’ailleurs, je suis certain que vous êtes nombreux à avoir lu cette longue intro en accéléré, confirmant par là même que vous êtes de fieffés coquins.

Coucou, au fait, ça faisait un bout de temps qu’on ne s’était pas croisés en ces lieux. J’ai réouvert les fenêtres, tu peux rentrer, ça ne sent plus trop le renfermé.

Ça m’a moi aussi pris comme une envie de pisser. Il faut dire que l’excellent et beau site de sériphiles Spin-Off, que je fréquente depuis un bout de temps et dont j’ai récemment rejoint la rédac (c’est un bien grand mot pour mes quelques brèves et résumés), m’a demandé de coucher une quinzaine de lignes sur le bilan sériel de l’année, et que n’étant absolument pas bavard je n’ai absolument pas été frustré de devoir faire court. Vous pouvez aller lire le non moins excellent et bel article ici, et pourquoi pas vous inscrire, c’est l’endroit idéal pour discuter séries entre gens de goût.

A l’heure des bilans de l’année, il faut bien reconnaitre que j’en ai regardé un bon petit paquet (principalement au détriment des films, d’ailleurs) : une quarantaine de la cuvée 2016, dont une bonne quinzaine de nouveautés choisies avec soin, auxquelles il faut rajouter quelques rattrapages : les deux premières saisons de Six Feet Under (on sent le chef d’œuvre en puissance, mais c’est vraiment le genre de chose à ne pas avaler d’un coup), une dizaine de Doctor Who Classic donc, mais aussi deux très belles mini-séries de David Simon : Generation Kill sur la guerre du Golfe et The Corner, précurseure de The Wire dont le dernier plan, sur le visage de la personne qui a inspiré l’un des personnages vous hantera sans doute longtemps ; beaucoup plus léger : j’ai enfin vu le Visiteur du Futur (c’est top), et j’ai enchaîné avec J’ai jamais su dire non (c’est pas top). Au final, ça nous fait un peu plus d’une saison par semaine, c’est un bon rythme.

La mini-série de HBO The Night Of est mon coup de cœur de l’année : l’histoire de ce garçon accusé du meurtre de la jeune femme avec qui il a passé la nuit alors que ses souvenirs sont plus que fragmentaires est une tragédie au sens classique du terme, tant le sentiment d’inéluctabilité et de broyage y est grand ; elle est portée par un casting excellent et un réalisme sur la vie judiciaire et carcérale américaine formidable : rien ne nous est épargné de sa descente aux enfers, malgré le soutien d’un avocat habituellement bien loin des grands procès criminels, d’un baron de Rikers (le toujours aussi chouette Michael K. Williams) qui le prend sous son aile et d’une famille aimante mais qui accuse forcément le coup. Elle est un peu l’opposé de Rectify, qui tirait sa révérence après quatre très belles saisons, et qui portait au contraire cette année un très beau regard sur l’espoir, le bonheur et la reconstruction ; cette histoire d’un condamné à mort libéré grâce à un test ADN, sans que sa culpabilité ne soit bien déterminée, est définitivement à voir pour peu que vous ne soyez pas allergiques aux séries contemplatives.

Penny Dreadful s’achevait également, de manière impromptue, et aura été fascinante de bout en bout : j’aurai adoré cette fusion de tous ces mythes modernes (citons en vrac et en en oubliant Dorian Gray, Dracula, Frankenstein, Jekyll & Hyde, sorcières et loups-garous…). Là encore un casting impeccable, et des épisodes centrés sur Vanessa Ives toujours aussi brillants. Mon autre révélation de l’année a été The Young Pope, surtout dans ses premiers épisodes : Jude Law y incarne un Pape retors, libre et incroyablement charismatique précipité à un pouvoir absolu alors même qu’il n’a pas eu besoin de dévoiler ses cartes. Sa première homélie, terrible, formidable, stupéfiante, est une des grandes scènes de l’année. Ça ne parlera certainement pas à tout le monde, c’est assez possible que ça ne vous plaise pas si vous êtes catholiques, mais ça peut aussi terriblement vous accrocher. Et puis ce générique, putain.

Plusieurs confirmations : Peaky Blinders, sur un gang de Birmingham au début du XXème siècle, est toujours aussi belle et réussie. Mr Robot, la bombe de l’année dernière, était attendue au tournant mais est pleinement parvenue à continuer sur sa lancée ; c’est probablement la série qui demande le plus d’attention et de vigilance, mais elle est aussi ô combien gratifiante. Better Call Saul est de plus en plus un franc succès, dans la droite ligne de Breaking Bad (je crois que je l’ai déjà dit, mais si vous n’avez pas vu Breaking Bad considérez vous chanceux d’avoir un putain de chef d’œuvre à découvrir et mettez vous y sitôt cette note terminée, vous me remercierez), alors même qu’un de ses visages emblématiques s’apprête à faire son retour. Enfin, deux comédies sortent du lot : Bojack Horseman, toujours aussi drôle et douce-amère, dont l’épisode sous-marin est épatant, et Atlanta, par et avec Donald Glover (aka Childish Gambino, aka Troy de Community) ; fou, déstabilisant et intelligent.

top2016-suiteIl y a d’autres très grands moments : cet épisode centré sur le personnage d’Edgar dans You’re The Worst (qui est passionnante dans son traitement de la dépression, du deuil et du stress post-traumatique – dis comme ça ça peut faire bizarre pour une comédie, mais c’est aussi souvent très drôle) ; une scène absolument fabuleuse dans Veep impossible à décrire sans spoiler (salle de réunion, Mike, j’en dis pas plus) qui m’a collé un énorme fou rire, les fins de saison de Black Mirror, Game of Thrones et Westworld, et les chouettes délires que constituent les lancements réussis de Preacher, Dirk Gently, Braindead et The Good Place, autant de bonnes surprises de l’année sur lesquelles vous pouvez foncer les yeux fermés.

Je ne les ai pas citées, mais les Stranger Things, Halt and Catch Fire, Masters of Sex, Orange in the New Black, The Man in the High Castle, Baron Noir, Man Seeking Woman et autres High Maintenance sont aussi bien cools.

Les déceptions se comptent finalement sur les doigts d’une main : Vikings se dilue beaucoup trop avec deux fois plus d’épisodes malgré des scènes de baston toujours aussi réussies, South Park s’est effondrée après l’élection de Trump dont on dira à leur décharge qu’ils étaient loin d’être les seuls à ne pas l’avoir vue venir, Orphan Black est inutilement absconse en dépit d’un premier épisode prometteur, et je trouve The Walking Dead vaut surtout pour ses centrics sur des personnages secondaires, à commencer par Morgan et Carol.

Une année série réussie donc, malgré le sentiment lancinant sans doute propre à beaucoup de sériphiles de passer à côté de plein de choses (il y a 450 séries diffusées rien qu’aux Etats-Unis : heureusement qu’il y a des critiques comme Pierre Langlais ou Pierre Sérisier et des sites communautaires comme Spin-Off pour faire son choix), et plein de promesses pour 2017. Avec, en prime, la fin attendue de The Leftovers (sacrée chialade en perspective) et le retour de Fargo, Sherlock et Doctor Who.

Ça m’a pris comme une envie de pisser, mais ça m’aura fait bien plaisir de te recroiser sur ce blog à la périodicité aussi aléatoire que la diffusion de Sherlock, ami lecteur. Je ne m’engage à rien, mais on essaie de se recapter avant 2020.

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Retour à la réalité

24 juillet 2014 à 08:46 | Publié dans Alcool, Foot, Musique, Séries | Un commentaire
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TroisPoints

Oui, je sais, lecteur gâté, exigeant compagnon. Je nous avais promis une note par mois, et tu me fais à fort juste titre remarquer que celle de juin est légèrement passée à la trappe. Mais à moins d’avoir traversé ces deux mois en anachorète (bien ta grotte ?), il ne t’aura pas échappé que j’avais deux-trois raisons d’être quelque peu occupé. Quelques festivals de toute beauté qui ont suivi une coupe du monde pour laquelle je pondais soixante mille signes ; un mois et demi bizarre, comme une parenthèse hors du temps, un mois et demi qui m’a laissé sur les rotules mais pas mécontent. Et ton billet t’entends-je vociférer ? Ah, c’est le moment de sortir une vieille ficelle de la presse mag, quand la rédac a envie de glandouiller paynard, on sort… et ouais, un numéro double. Et paf !

Tu l’auras compris, cette note va parler de musique, de foot… et un peu de séries parce que èh, ça faisait longtemps ; le tout en dégustant une The Kernel, parce qu’y a pas de raison. Si rien de tout ça ne te branche – comment, je nous croyais entre hommes de goût – il y a aussi plein d’autres articles chouettes juste là à ta droite.

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Début juillet est désormais marqué d’une pierre blanche sur mon agenda, avec deux festivals qui présentent l’avantage d’être 1) en plein cœur de Paris et 2) totalement gratuits, ce qui m’arrange bien tant je déteste devoir m’y prendre à l’avance et m’engager à être dispo X mois plus tard : je déteste ça au moins autant que faire une valise de départ avant la dernière minute, au moins autant que les clowns (Ça, évidemment) et les coiffeurs (qui devront un jour payer) ; je crois que j’ai déjà évoqué mon cauchemar de me faire couper les cheveux par un clown, une certaine idée de l’enfer.

Totalement gratuits, donc, sauf pour l’amateur de Heineken, mais si vous buvez de ça vous méritez bien de la payer sept balles la pinte, laissez moi siroter ma Sainte Cru. J’avais découvert le Fnac Live il y a deux ans, Soirs d’Eté seulement l’année dernière, ce qui ne manque pas de me faire me demander ce que je pouvais bien branler avant. Mes amis à qui je pose la question me répondant tous qu’ils ont bien une idée sur la question ; vu qu’EUX NON PLUS n’y étaient pas, je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

L’occase déjà de voir l’an dernier Eiffel, les Babyshambles, Jake Bugg, Puggy, Bastille, Tété, Jil is Lucky et les Naïve New Beaters sur la toute nouvelle place de la République, Higelin, Lilly Wood & the Pricks, Concrete Knives, Christine & The Queens, Miles Kane et Palma Violet sur le parvis de l’Hôtel de Ville, j’en passe et des meilleurs.

Cette année, c’était pas mal non plus.

Les copains de chez Oüi FM, aux manettes de la prog de Soirs d’Eté, ont sacrément bien assuré. Ça commence dès le dimanche soir avec Shaka Ponk dans un show hyper bossé, calibré pour la scène, au milieu d’une foule hyper chaude. Dès le lendemain, j’avais la joie d’enfin voir les Wampas (qu’est-ce que j’ai pu écouter ça ! Ça me sert même de bulletin de vote !), dans le pogo sous la scène, à hurler que Didier Wampas, décidément, c’est le roi ! Juste avant eux, les belges de Triggerfinger sont une belle découverte, un son sacrément puissant et une (oui, bon, assez vague, ok) impression de voir Lorne Malvo sur scène.

Ça continue dès le lendemain avec un autre groupe que j’ai pas mal écouté au lycée, les Australiens de John Butler Trio. C’était top, à part le random guy qui a amorcé une ascension de la statue de la République (et est monté sacrément haut), dont la foule a bien cru qu’il allait se tuer en plein milieu d’Ocean (non que ce soit pas une chanson adéquate, mais merde quoi). A ce moment-là, j’avais déjà le dos bien en miette, qui s’ajoutait à un bon déficit de sommeil dû aux matchs à deux heures du mat. Ceci dit, je ne regrette absolument pas d’avoir loupé les 80 premières minutes du légendaire Brésil-Allemagne ; la joie mêlée de surprise, en passant devant un bar en rentrant, de voir qu’il y a déjà 6-0. Et puis avec ma veine, mon ordi aurait planté de la 25ème à la 30ème, alors.

Je n’ai réussi à motiver personne à aller voir de très chouettes Klaxons en VIP mais sous une pluie battante et par un froid de gueux. Plus de succès le lendemain, et une sacrée cuite devant des Zebda déchainés, les Naïve (peut-être un peu moins bons que l’an dernier) et des Mustang qui m’ont un peu déçu (au même titre que Cats on Trees le dimanche). J’ai pas un souvenir fou du reste (The Dukes, Kodaline, Eugene McGuinness, Griefjoy, Natas loves you), mais ça m’a paru cool sur le moment, faudra que je réécoute tout ça plus en détail.

Vendredi, épuisé, avec une sacré crève, j’y suis surtout allé pour pouvoir me la raconter à dire que j’avais fait le grand chelem. Deluxe était cool ; FFF, ça m’a surtout permis de piger qui était le fuck ce Marco Prince qui était tout le temps invité au Burger Quizz. S’ensuivirent trois jours de plein sommeil, à peine troublés par les finales du mondial.

Trois jours de boulot, et ça repart du côté de l’Hôtel de Ville, cette fois sous un soleil de plomb (c’était amusant de voir comme tout le monde se rapprochait de la scène à mesure que l’ombre gagnait du terrain ; toujours est-il que les chanteurs étaient en plein cagnard. Je me souviens de Rover en 2012 suant comme un bœuf sous sa veste en cuir, expliquant que la veille à Bruxelles y caillait des meules, mais je dérive.)

Mø et Julien Doré (et sans doute d’autres avant eux, mais ça commence toujours trop tôt pour passer se changer, parce que la tenue de taf sous un cagnard pareil merci) ont bien chauffé la scène, même si je trouve qu’il manque un truc à Doré sans trouver quoi. Puis M. Grandiose, M. Une heure quarante de concert (pour un festoche gratos…), un beau mix de ses tubes et de chansons plus récentes. Grand moment. Le lendemain, La Femme, Breton et Gaétan Roussel : je m’attendais à des trucs chouettes, j’ai pas été déçu.

J’ai fait l’impasse sur le samedi et sur le dimanche soir, parce qu’Orelsan, Fauve et Bernard Lavilliers (Bernaaard Laaavilliers, mais qu’est-ce que tu vas pouvoir faire, il te reste plus de métier à faire !), c’est vraiment moins mon truc. J’ai passé une tête pour Kid Wide et Mina Tindle, c’était cool.

Et je me retrouve donc, après deux semaines de concerts et cinq de foot, en pleine décompression, avec le besoin urgent de raconter tout ça.

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Mais j’en vois se tortiller sur leur chaise depuis tout à l’heure, avec une question qui leur brule les lèvres ; dans ma grande mansuétude je consens à leur laisser la poser : ah ouais, t’aimes bien le foot ? Comme si c’était pas raccord avec ma ligne éditoriale et politique.

Bah ouais. Déjà, j’ai des tonnes de vieux souvenirs d’enfance de foot. La Coupe des vainqueurs de Coupes du PSG en 96 (c’est resté ma compète préférée, qu’est-ce que je la regrette quand je vois à quoi ressemble l’actuelle Ligue des Champions !) ; ce jour d’août où au lendemain d’une défaite en Roumanie, mon grand-père qui se levait toujours à l’aube dit à un petit Chauff (qu’on s’évertuait alors aussi à réveiller à l’aube) tout embrumé qu’« il est arrivé un coup terrible au Paris Saint Germain », une défaite 3-0 sur tapis vert – le match retour sera épique, le PSG gagnera 5-0, France 98 évidemment, j’aurai passé les deux tiers du match à tourner dans la pièce. Les parties de FIFA 98…

Plein de souvenirs de cour de récré aussi. J’ai déjà parlé de mon école ; j’y ai éprouvé une grande injustice un jour où, goal, l’un des curés m’avait mis les mains devant les yeux en gueulant « qui c’est ? », j’avais évidemment encaissé le but tandis que Curé filait à l’anglaise et que mes protestations laissaient mes camarades de marbre : rep à ça Jean Jacques Rousseau, ça c’est de l’injustice (et aussi sans doute l’amorce de mon athéisme radical, mais c’est une autre histoire). Autre traumatisme, les élastiques des filles attachés par sorcellerie à deux poteaux que nous faisions immanquablement sauter. J’étais plutôt intelligent pour mon âge, j’avais bien pigé comment l’attacher au premier poteau, mais le second, j’ai jamais pu (je soupçonne une astuce incroyablement naze et triviale, donc la sorcellerie me va très bien). Au collège où nous y passions toutes nos récrés, il fallut bien se rendre à l’évidence, malgré des heures et des heures de pratique je jouais comme une bite et acceptais conscient de mes limites de me recentrer sur un supporteuriat polymorphe : Paris évidemment, mais aussi pas forcément simultanément et pour des raisons diverses Nantes, Laval, la Juve ou Sankt Pauli.

Ca relève de l’anecdote, mais un jour où je réfléchissais à mon long parcours sur le web (comment je suis arrivé sur ce site ? comment j’ai connu celui-là ? Qui j’ai rencontré ? Où j’ai trainé ?), en remontant de fil en aiguille, j’ai réalisé que tout aurait été différent (et donc que je n’aurais peut-être pas du tout été la même personne) si ce dimanche-là, à l’aube des années 2000, je n’étais pas allé traîner sur psg.fr. Et ouais.

Et s’ensuivra donc un goût pour le foot. Mais un goût élitiste, sur la ligne des Cahiers (Un autre foot est possible, moins soumis à la FIFA et à l’argent, fait de foot et d’eau fraîche. Et l’important, c’est évidemment les trois poings !), un goût de gauchiste sans doute.

D’où une certaine culture foot – alors que je reste un peu une pine en tactique et que j’ignore tout plein de joueurs – mais plein d’anecdotes à la con grappillées ici et là (l’une de celles qui me fait le plus rire est celle de Just Fontaine qui raconte qu’en 58, l’Equipe de France ne connaissait pas les paroles de la Marseillaise et avait chanté Les Couilles de Mon Grand Père devant les officiels suédois lors de la récompense de la troisième place ; c’est pas la Génération 87 qui se permettrait un coup pareil. Mais « Coupet l’aurait arrêtée » ou la taupe d’Evra me servent aussi régulièrement), et une certaine connaissance des championnats belges, chypriotes voire saint-marinais (le championnat de saint marin a une formule de play off d’une complexité étourdissante).

Ni supporter braillant ni cynique blasé tendance mort-au-foot, un peu comme pour la bière – je déguste une St Stefanus là ; oui, ces notes mettent plusieurs jours à s’écrire – élitiste entre le bobo et le beauf, ni bobo ni beauf, sans doute un peu bo-beauf.

C’est ce qui m’amenait à organiser un concours de pronos au taf, et à pondre un compte rendu détaillé de, donc, 60 000 signes (cette déjà longue note en fait 12 500), truffée de bande sons, de gifs, d’histoires rigolotes et de privates jokes et que vous pouvez retrouver par ici, je note les noms de ceux qui cliquent pas.

60 000 signes, plein de soirs à écrire devant le match à deux heures du mat, devant cette sacrée coupe du monde, ses scénarii complètement timbrés (au moins jusqu’aux quarts), ses buts magnifiques et ses coupes de cheveux au moins autant – les footballeurs eux adorent les coiffeurs, quand je vous dis que j’avais pas les qualités pour faire ce métier !

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Et donc le retour à la réalité. Entre le manque – rhâââ, je me referais bien une coupe du monde ou un festoche – et le repos – rhâââ tout court.

Et l’occasion de rattraper quelques séries en retard.

Utopia qui revient, déjà. C’était ma claque de l’an dernier, c’est toujours aussi fou avec un premier épisode totalement flash-back, des turns à la pelle, j’adore ce pouvoir du Network, l’esthétique du show, la musique, j’adore Jessica Hyde. Utopia, c’est peut-être pas ce qui se fait de mieux dans l’absolu mais c’est ma préférée.

Le retour de Rectify fait bien plaisir, aussi. Rectify, c’est l’histoire d’un type condamné à mort il y a 20 ans, libéré sans être vraiment innocenté, qui revient dans une société qui continue à le juger. Ses personnages sont donc tous libres mais profondément enfermés, entravés. C’est d’une super sensibilité, et c’est toujours aussi bien. La saison 2 d’In the Flesh est aussi une réussite, l’histoire de la réintégration non pas de condamnés à mort… mais de mort-vivants soignés.

Masters of Sex revient aussi, et si ça garde le rythme de la première saison, ça devrait être top. J’ai été un peu déçu par le retour d’Orphan Black par contre. La performance de Tatiana Maslany (qui joue 7 ou 8 personnages) est dingue, mais le scénar part dans tous les sens.

Au rayon nouveautés, The Leftovers démarre bien. 2% de la population mondiale a disparu d’un coup, et trois ans après la société est profondément marquée, avec plein de sectes qui prolifèrent, et une capacité à me fouttre les foies extraordinaire.

Et puis, si vous ne les avez pas vues, je me demande ce que vous attendez pour rattraper True Detective et Fargo. Vous n’avez aucune excuse.

Ah, c’est pas avec tout ça que je vais tenir mon objectif de voir 100 films dans l’année – j’en suis à 38 depuis février, pas mal de Wes Anderson, de Terry Gilliam…

Retour à la réalité, dira-t-on.

Keuwa, t’as pas vu… Cuvée 2013

30 décembre 2013 à 00:42 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

Pas plus tard que tout à l’heure – oui, c’est un effet de style. En vrai, le temps d’écrire cet article, il s’est passé bien plus de temps que ça. Parce que j’écris lentement, même si le faire 1) au beau milieu de la nuit et 2) avec une Rochefort 10 à la main accélère considérablement le processus. Sinon, j’avais commencé à composer la note que vous êtes en train de lire avant même ce tout à l’heure : ma façon d’écrire est il faut bien le reconnaître assez timey wimey. J’utilise donc ce que dans le jargon nous autres professionnels de la profession appelons : un gros prétexte. C’est bon, je peux commencer, ou tu vas continuer à me tenir la jambe ? – je tombais sur un article de Pierre Langlais sur les 20 meilleures audiences séries de l’année.

Le constat est implacable : sur la trentaine de séries millésime 2013 que j’ai vues, pas la moindre ne rentre dans le top 20 des audiences télé en France ; on pourrait d’ailleurs parler de top TF1 qui en truste 19 et dont le moins qu’on puisse dire est que l’écrasante majorité est relativement dispensable.

À vrai dire, ça ne me surprend pas plus que ça. J’ai l’occasion de voir des commerciaux des régies des deux grandes chaines françaises, et je suis à chaque fois assez atterré par les choix qu’elles font en achat de séries. Pas plus tard que l’autre jour – c’est encore un effet de style – TF1 nous annonçait tout content qu’ils avaient acheté la pourtant, selon la critique, bien médiocre Revolution. À la pernicieuse question de mon patron, qui demandait si on y trouvait des acteurs connus, le commercial fut bien embêté. « C’est génial, mais non, les acteurs sont pas trop connus ». Je lui glissais qu’on reconnaissait sur l’affiche Giancarlo Esposito, le Gus Fring de Breaking Bad. Dont il n’était pas loin d’ignorer l’existence.

Vous l’avez compris, il y a tellement de choses tellement plus chouettes à regarder que ce que nous proposent les deux mastodontes de l’audience, et l’époque se prête aux récaps. Allez, c’est vendu, je vais vous parler de tout ce que j’ai vu cette année. Le tout garanti 100% spoiler-free, ah ça, c’est pas ici que tu liras bien planqué au détour d’un paragraphe qu’à la fin de Breaking Bad… Gamin ! Allez, reviens ! C’est pour rire gamin !

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En matière de nouveautés, on a été plutôt gâtés cette année : j’aurais largement la matière pour faire un top 15 qui tienne la route. Mais avant tout, je dois bien commencer pas manger mon chapeau – un fez, naturellement : les fez sont cool – je vous parlais il y a six mois de la très chouette série conspirationniste Utopia, déplorant la difficulté que vous auriez de la voir sur une chaine de télé. L’arrivée de Canal + Séries a un peu changé la donne ; toujours est-il que l’offre légale reste bien faiblarde niveau rapport qualité prix. Bon, je ne reviendrai pas sur Utopia, c’est bon, mangez-en. [Mise à jour 07/01/14 : mon fez est finalement sauf : la chaîne a manifestement diffusé une version censurée d’Utopia, apparemment sans même s’en rendre compte. Je trouve ça complétement dingue.]

Un peu dans le même genre, j’ai beaucoup aimé Orphan Black, une ambitieuse série de SF sur le clonage, ou Tatiana Maslany joue à elle toute seule une bonne demi-douzaine de rôles, et même des rôles qui jouent le rôle d’un autre de ces rôles (ça va, tu suis ?). Outre cette sacrée performance, l’histoire, nerveuse à souhait, a de la gueule et c’est définitivement à voir. Restons dans le volet SF, avec la suédoise Äkta Människor, diffusée cette année sur Arte sous le nom Real Humans, qui raconte les conséquences de la fabrication de masse d’androïdes (dont on ne sait toujours pas s’ils rêvent de moutons électriques). Difficultés dans la relation humaine avec ces robots, conséquences sur l’emploi (ce n’est pas sans rappeler un épisode de South Park d’ailleurs, et son fameux They took our jobs), esclavage et début de rébellion. Intéressant dans les questions que ça pose, comme dans le parti-pris esthétique – il y a d’ailleurs un très bon article sur le sujet sur le blog de Pierre Sérisier.

Quelques épatantes séries historiques, à commencer par celle de BBC2 Peaky Blinders, qui raconte l’histoire d’un gang violent de Birmingham dans les années 1920. Cillian Murphy dans le rôle principal. Les White Stripes et Nick Cave qui forment le gros de la BO des six épisodes. Si avec ça, je vous ai pas eu ! L’autre excellente série historique de l’année nous vient d’outre atlantique, avec Masters of Sex, qui relate l’histoire des docteurs Masters et Johnson, précurseurs dans la recherche médicale sur la sexualité. Le sujet peut paraitre casse gueule ; il n’en est finalement rien, c’est bien écrit, drôle et émouvant, et c’est bien interprété, notamment par l’excellente et belle Lizzy Caplan : définitivement à voir, et, je l’espère, peut être en devenir l’une des grandes séries des années 2010. Enfin, autre temps, autre mœurs : Vikings m’a plutôt bien plu (si je n’ai pas trouvé le moyen de te parler au moins trois fois de mes authentiques origines vikings, il est plus que temps que tu me paies un verre) ; l’histoire en elle-même est relativement basique, mais la mise en scène et l’interprétation sont de qualité.

En bon tennantolâtre, j’ai aussi regardé Broadchurch et The Escape Artist, qui ont toutes les deux David Tennant en rôle principal pour les deux au fond qui n’auraient pas compris. La première est une enquête policière suite à la mort d’un enfant dans un petit village où tout le monde se connait et où tout le monde a des choses à cacher : très juste, avec une intrigue passionnante. The Escape Artist est l’une de mes rares déceptions de l’année (et encore, ça reste quand même correct) : l’histoire d’un brillant avocat qui se retrouve à défendre un type indéfendable, qui va rentrer dans sa vie. Tennant y est excellent, mais le scénario est malheureusement bien léger ; on a souvent l’impression que si le personnage a l’air aussi doué, c’est surtout parce qu’il est entouré de boulets. Bon, c’est très court (trois épisodes), et ça peut quand même valoir le coup d’œil si vous aimez les fictions judiciaires.

On est en pleine mode des zombies, mais une série (anglaise, encore une fois, désolé, hein) se démarque par une idée originale : dans In The Flesh, l’invasion a été contenue au prix d’une âpre lutte (qui n’est pas montrée à l’écran, d’ailleurs), et un remède a été trouvé. Les morts vivants, traités, rentrent dans leur foyer. Trois très beaux épisodes sur leur difficile réintégration dans la société. Et une thématique du retour assez proche de l’un de mes très gros coups de cœur de l’année, Rectify : l’histoire d’un homme condamné à mort pour un crime dont il se dit innocent et libéré au bout de 20 ans passés dans le couloir de la mort après l’annulation du premier procès, sans que le doute soit levé – dire que la communauté fait preuve d’un certain scepticisme est évidemment un euphémisme. L’histoire de sa douloureuse réadaptation à la vie d’homme libre est magistrale, très émouvante, et j’attends la deuxième saison avec impatience.

Au final, parmi le lot de bonnes nouveautés de l’année, je suis copieusement passé à côté des séries Netflix, qui ont l’air plutôt pas mal et ont obtenu un beau succès critique : House of Cards, Orange is the New Black, ou le retour dix ans plus tard d’Arrested Development. J’y vois un début d’explication, et ça tient à leur mode de diffusion révolutionnaire, avec l’intégralité de la saison mise en ligne en une seule fois. Tellement révolutionnaire que, quand Canal achète les droits d’House of Cards, elle diffuse les épisodes de manière traditionnelle (alors qu’il y avait un beau coup à faire…). Et tellement révolutionnaire que les subs ne suivent pas, et encore moins pour les sous titres propres, qui sortent au compte-goutte des mois plus tard (j’avais énormément hésité à regarder la deuxième saison de Boss avec des fastsubs, voyant au bout de six mois qu’elle n’allait vraisemblablement mettre du temps à sortir en proper. Pour des séries aussi bien écrites, c’est toujours dommage). L’autre aspect, c’est que l’absence de temps imposé sur deux-trois mois crée un énorme momentum lors de la sortie, qui disparait finalement assez vite : plus encore que pour les autres séries, il est dur d’être dans le rythme. Du coup, c’est un mode de diffusion très intéressant et une vraie alternative légale… pour peu qu’on y ait accès.

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Pas mal de bonnes nouveautés, donc, mais aussi des nouvelles saisons de qualité. A commencer évidemment par le final de Breaking Bad, série pour laquelle je dois reconnaitre un certain intégrisme : si tu ne l’as pas vue, vois-là. Fonce. Sérieusement. Ozymandias est l’un des tous meilleurs épisodes de série, il est d’ailleurs toujours avec un 10.0/10 sur Imdb. Le final est clairement à la hauteur, et clôture de très belle manière une très belle série. De son côté, Boardwalk Empire reste excellente, saison après saison. Cette fresque de la Prohibition et de la jeune mafia américaine est assez exceptionnelle, et magnifiquement portée par Steve Buscemi.

Plus ou moins tout le monde regarde Game of Thrones, Homeland ou The Walking Dead. Ça reste solide, sans être vraiment fou. J’ai vraiment failli décrocher de la saison 3 de Homeland après les trois premiers épisodes, absolument ennuyeux et ne débouchant finalement sur rien : du pur remplissage ; les quelques derniers épisodes sont bons, et j’ai beaucoup aimé le final. Walking Dead traine en longueur, et la première moitié de la saison 4 aurait pu être rattachée à la 3ème sans qu’on perde au change, d’autant plus que l’épaisseur assez hallucinante du comic justifierait d’accélérer un peu le tempo.

Une série que j’aime beaucoup et qui est montée en puissance pour sa deuxième saison : The Newsroom, qui présente la vie d’une rédaction télé, coincée entre ses impératifs d’audience et sa volonté de déontologie. C’est du Sorkin, clairement orienté à gauche, très bien écrit et idéaliste. Et ça m’a complètement eu dès sa première scène, que vous trouverez ici et que je viens donc de me taper pour la quarante-douzième fois.

Le sujet ne serait pas complet sans faire un petit détour outre-manche. J’ai déjà parlé de la très réussie Black Mirror, et de ses nouvelles qui ne peuvent que réjouir un fan de Philip K. Dick. Du haut de ses cinquante ans, Doctor Who est toujours aussi réjouissante : c’est souvent brillant, drôle, émouvant, et tout plein d’Anglais la considèrent comme la plus grande série de tous les temps, non sans raison tant l’univers créé et sa mythologie sont incroyablement riches. J’ai bien aimé le personnage de Clara Oswald, et j’attends beaucoup du nouveau docteur, interprété par Peter Capaldi. Son regard, mon dieu, son regard ! A part ça, Misfits et ses ados super-héros branquignoles mais sacrément attachants vont me manquer, de même que Luther, qui reste dans le haut du panier des séries policières, malgré un final un peu en dessous.

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J’ai bien conscience que cette note est définitivement tl;dr, donc on va passer un peu plus vite sur les comédies. Avec, encore une fois, de séduisantes nouveautés british : The Wrong Mans est un peu le pendant humoristique d’Utopia, avec des gens normaux embarqués dans un complot qui les dépasse totalement. Plebs est complètement crétine et souvent au-dessous de la ceinture, mais cette sitcom dans la Rome Antique m’a bien fait rire.

Côté nouveautés US, Hello Ladies, créée et interprétée par Stephen Merchant, le grand pote de Ricky Gervais (souvenez vous, le boss du The Office original) est de qualité, mais on ne rigole pas des masses : c’est fait pour être gênant, et l’anti-héros n’inspire pas du tout de sympathie. J’ai aussi attaqué Brooklyn Nine Nine, un cop show humoristique plutôt correct, sans plus, je m’attendais à un peu mieux de la part des scénaristes de Parks & Rec.

Côté animation, Futurama a finalement shooté sa révérence, et c’était bien. Vraiment. Et la 17ème saison de South Park, qui vient de s’achever, était de très belle facture : beaucoup d’épisodes intelligents, notamment le World War Zimmerman et la trilogie sur le Black Friday et Game of thrones, assez réjouissante ; il y a toujours un peu de déchets, mais certainement moins que d’habitude cette année.

Enfin, pour les sitcoms : Parks & Recreation est clairement sous-estimée, Big Bang Theory se laisse regarder et a quelques fulgurances sympas, et j’attends non sans une certaine impatience la fin d’un How I Met qui n’a vraiment plus rien à raconter et qui nous a livré quelques épisodes particulièrement mauvais (dont récemment l’épouvantable épisode en rimes, qu’on aurait dit écrit par une classe de sixième). Oh, et la mini-saison de Community sans Dan Harmon n’a pas été un naufrage, mais a manqué d’épisodes complètement fous qui faisaient la force des premières saisons : les paintballs, l’épisode pixel art ou celui de la théorie du chaos.

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Remettons à une autre fois ce que j’ai rattrapé, et voyons un peu ce qui nous attend pour cette année 2014 : le 1er janvier, Sherlock revient. Et le 2, c’est Community, qui est bien en passe de réussir son pari : « six seasons and a movie ». On peut dire que l’année démarre pas mal.

Et toi, courageux lecteur qui viens à bout de cette note de 13000 signes comme un champion (on voit tout de suite ceux qui cherchent à passer le temps pendant leurs vacances dans la famille ou dans leur open space désert), sache que ton combat n’a pas été vain. J’ai l’impression d’en parler depuis des années sans jamais en faire, alors c’est dit : tu gagnes en exclusivité un droit opposable à une soirée Beer To Peer. Oui, c’est comme le droit opposable au logement, tu verras, c’est promis, c’est béton !

Keuwa, t’as pas vu Utopia ?

8 juillet 2013 à 01:51 | Publié dans Séries | Laisser un commentaire

1500 heures. C’est à peu près ce que les Français consacrent chaque année à la télévision – c’est Médiamétrie qui le dit, et j’ai toutes les raisons du monde de les croire. Même dans la tranche des 15-34 ans, on en arrive à l’aise 2h50 par jour, soit un bon millier d’heures annuel. Ou encore deux bons milliers d’heures dans la période qui sépare deux vagues de vague activité sur ce blog – oui, je fais dans la biennale comme les festoches qui se la pètent, mais que voulez-vous, j’écris pas vite !

Un bon millier d’heure disais-je donc, auxquelles il conviendra d’ajouter tout ce que nous regardons en nous affranchissant de la télévision, que ce soit sur internet ou sur DVD – et je suis assez convaincu que pour la plupart d’entre vous, ces moyens se sont largement substitués à la bonne vieille téloche.

Et pourtant, j’ai la tenace impression que pas grand monde – pour ne pas dire personne –  n’a vu ce qui sont mes deux grosses claques culturelles de ce premier semestre 2013. Allégresse et béatitude ! Il vous faudra moins de deux heures pour profiter à votre tour de ces deux grands moments de télévision !

Ainsi en est il du pilote de la mini-série conspirationniste Utopia, diffusée sur Channel 4 en janvier dernier. Tâchons de ne pas trop spoiler, et disons seulement qu’un groupe secret et totalement autonome a été créé pour défendre les intérêts du Royaume Uni en matière de santé publique, avant de totalement échapper à ses gouvernements. Dans leur recherche d’une certaine Jessica Hyde – « Where is Jessica Hyde » reviendra comme un mantra, leurs moyens semblent illimités et leur impunité totale. Pendant ce temps, des jeunes nerds, parmi lesquels on retrouve l’acteur qui joue Curtis dans Misfits, se retrouvent embarqués dans une histoire qui les dépasse complètement après avoir mis la main sur un manuscrit ultra secret, torturé et aux accents prophétiques, Utopia.

Tout est sublime dans cet épisode, parfaitement maîtrisé et captivant : la photo très belle avec son petit côté irréel, la musique magnifique, la terreur sous-jacente qui prend rapidement aux tripes, la violence terrible suivie de scènes horriblement drôles… Arrivé au générique, ma première envie était de revoir l’épisode là maintenant tout de suite. Quant aux cinq suivants – on est au Royaume Uni, les saisons sont souvent très courtes – ils sont du même acabit, jouissifs. A moins que vous ne soyez  viscéralement allergique à la violence – ça arrive à des gens très bien, et je dois bien reconnaitre que certaines scènes sont quand même un petit peu rudes – je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus.

Mon autre coup de cœur de la saison vient d’une autre mini série britannique, elle aussi diffusée sur Channel 4, Black Mirror, qui dans chaque épisode présente une histoire indépendante, comme dans un recueil de nouvelles. Pour point commun, des dystopies introduites par la prolifération des écrans. Le deuxième épisode de la saison 2, intitulé White Bear, est sans doute ce que j’ai vu de plus dérangeant et éprouvant cette année. S’il est très difficile d’en parler sans vous spoiler comme un goret, disons juste qu’une jeune femme se réveille complètement paumée et avec un fichu mal de crane, pour découvrir que tous ses voisins, comme possédés, brandissent leur smartphone pour la filmer dès qu’ils la voient.

Le spectateur est à peu près autant brinquebalé et déboussolé, jusqu’à une révélation, atroce mais ô combien passionnante, et dont je doute sérieusement que qui que ce soit pourra se targuer de l’avoir vue venir. Objet de débats hélas trois fois hélas inabordables ici sans dévoiler toute l’intrigue !

Là encore, les cinq autres épisodes sont captivants et présentent un futur qui se rapproche dangereusement, dont google glass et autres Prism n’apparaissent que comme les balbutiements. Ça fera, je l’espère, l’objet d’une autre note ; mais j’ai lu trop de littérature de l’imaginaire pour ne pas être totalement en phase avec ce mélange de fascination et de répulsion envers ce type d’avancées technologiques !

Bon, vous vous en doutez, ces deux séries sont absolument inédites en France, même sur les chaines que personne ne reçoit (poke OCS). Ceci dit, je ne doute pas que vous n’aurez guère de difficultés à les trouver du côté des suspects habituels.

Je me doute bien que je suis dans le registre de l’incantation plus qu’autre chose, mais je ne peux d’ailleurs que regretter la franche médiocrité de l’offre légale, quand elle ne se fout pas carrément de la gueule du monde (vous avez peut être  vu passer le tumblr j’voulais pas pirater ou le test des sites estampillés PUR par Klaire). Comme sans doute pas mal de monde, je serais totalement prêt à passer à la caisse pour un service qui sur abonnement offrirait :
– un catalogue de série le plus profond possible (un indice : si on ne trouve pas Black Books, Boss ou Profit, ton catalogue n’est vraiment pas profond)
– les nouveautés avec un sous titrage propre, dès le lendemain de la diffusion originale pour les séries les plus attendues (c’est devenu un vrai standard pour Game Of Thrones, par exemple, c’est assez sportif d’échapper aux spoilers à J+2) et pour les season finales ; au plus tard dans la semaine pour les autres.
– sans pub (bon, s’il y en a, on la bloquera, hein).
– avec des téléchargements non bridés, non limités et sans captchas.

Ah, je sais pertinemment qu’on n’est pas près de voir la couleur de ce type de service, et c’est bien dommage parce que j’en chie copieux (oh, suis-je donc benêt, c’est vrai. En proportion, il y a sans doute autant de mecs de la NSA parmi les lecteurs de ce blog que d’agents des Renseignements Généraux sous les masques de Guy Fawkes à une manif anti-ACTA ; il y a peut-être bien un mec de la LOLDOPI dans le tas, ne prenons aucun risque !) j’ai un excellent ami qui en chie copieux avec ces saloperies de captchas, au point qu’il en vient à se demander s’il est bien humain. Sa probable incapacité à surmonter un test de Turing au vu du succès tout relatif que rencontrent ses brillants traits d’esprit n’est pas pour nous rassurer ; tenez, là, il est à deux doigts de parler d’une super nouvelle de Philip K. Dick que ça lui évoque : ça doit être pour ça que tous ses lecteurs sont des bots !

Mais reprenons si vous le voulez bien le cours de cette note, décidément bien foutraque, et songeons au passage à conclure, puisque nous attaquons déjà la huitième page sur mon petit calepin. Nous faisions tout à l’heure semblant de nous étonner du fait que pas grand monde ne connaissait Utopia ou Black Mirror. Force est de constater qu’il est assez facile de discuter avec un amateur éclairé de séries tout en ramant pour s’en trouver en commun (et pourtant, je ne regarde pas QUE d’obscures séries UK).

Le fait de ne plus être tributaires de la programmation foireuse des chaines de télé françaises, la prolifération de grandes séries de qualité, mais aussi le besoin de temps libre que représente le visionnage d’une série (une problématique qu’on retrouve par exemple moins pour les films. Vous me direz qu’on s’y pose aussi de moins en moins la question de la qualité, avec de plus en plus de scénarios de films qui tiennent pas la route, mais c’est une autre histoire) font que finalement, chacun s’y crée sa culture, au milieu d’un vaste territoire inexploré. La série se rapproche en ce sens de plus en plus de la littérature, et on ne peut que s’en réjouir !

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