La Fontaine, la fourmi et la haine

27 avril 2014 à 14:09 | Publié dans Alcool, Littérature | Laisser un commentaire
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La HaineIl est un avantage pour le moins méconnu d’avoir une excellente mémoire de ses soirées alcoolisées : les discussions qu’on y tient se transforment assez vite en des notes de blog qui s’écrivent toutes seules. Beaucoup plus vite certainement que celle sur laquelle je tire la langue depuis un bon mois et qui stagnouille désespérément dans mes brouillons.

On y parle beaucoup, on y est cuistre et foutraque : plus que d’habitude en tout cas. On ne sait trop comment ni pourquoi, on se met à parler de théâtre classique, à citer Phèdre, « Et la mort à mes yeux dérobant la clarté rend au jour qu’ils souillaient… », on marque un temps d’arrêt tout théâtral, on fait semblant de s’étonner que personne ne conclue, « Toute sa pureté, bordel ». Et puis, ces enchainements bizarres dont on a à rebours bien du mal à remonter la causalité amènent le débat sur La Fontaine.

La Fontaine, c’est bien, ça met tout le monde d’accord. La Fontaine, on vous l’a tous fait apprendre par cœur quand vous étiez tout petits, parce que c’est kikinou comme tout, il y a des animaux partout. C’est à la fois pas trop gnangnan et un peu plus facile d’accès que la tirade du Cid. Et nettement moins flippant qu’une armée de marmots qui réciteraient du Baudelaire (« Je suis de mon cœur le vampire, / Un de ces grands abandonnés / Au rire éternel condamnés, / Et qui ne peuvent plus sourire ! », brrrr…). Les fables que vous connaissez, vous les avez vues avec vos yeux d’enfants, hauts comme trois pommes. Puis vous n’y avez plus trop réfléchi. Évidemment, on passe alors à côté de plein de choses. Au risque de stagner sur ses sombres contresens.

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Ça ne me surprend plus guère : quasiment tout le monde – faites le test autour de vous – considère la Cigale et la Fourmi comme un plaidoyer pro-Fourmi. Bien sûr la morale n’est pas explicite ; mais les enfants en plus d’être généralement assez angoissants (ah si) sont structurellement de droite (aussi). Car contrairement à moi vous n’avez pas tous passé vos premières années dans du privé catholique, ce genre d’école où l’on considère comme miraculeux d’arriver au collège encore vierge. Je me demande encore comment je m’y suis pris alors que je présentais deux handicaps normalement rédhibitoires : 1) j’étais un petit garçon extrêmement mignon (je vois bien que vous ne me croyez pas mais j’ai des photos pour le prouver), et surtout 2) je courais moins vite que les curés.

Je diverge pas mal, et, pour paraphraser l’ami Desproges, dieu sait si c’est énorme ; je diverge même volontairement et en toute connaissance de cause : je reprends sans vergogne les recettes de mon vieux billet sur Desproges justement, dont je vois bien qu’il m’apporte le gros de mon trafic via les moteurs de recherche («vous êtes huiiiit milliiions, sur cette plaace de la Bastille ! »). Il fut d’ailleurs un temps hélas révolu – google a depuis tout passé en https comme des sagouins et on ne voit plus rien – où l’on pouvait encore savoir ce que les gens tapaient dans le moteur pour finir par arriver chez vous – les stars de la blogosphère en ont tiré des best-of, dont les plus drolatiques sont encore ceux de Jaddo. Je ne sais d’ailleurs pas si les deux gonzes qui cherchaient « censure caca » sur google image ont spécialement trouvé leur bonheur chez moi, mais ça illustre magnifiquement à quel point mon lectorat est sélectif et qualifié.

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Mais j’en arrive finalement à notre Cigale et à notre Fourmi, sur lesquelles la méprise n’est, donc, pas loin d’égaler celle du Peut-on rire de tout allègrement évoqué dans le billet susmentionné, je ne sais pas si vous remarquez comme tout se tient et à quel point mes incises sont bossées.

Hey les amis, quand on est une sombre connasse mal baisée, terne et bêcheuse comme la fourmi, la moindre des choses, c’est bien de financer ces poètes et ces saltimbanques qui mettent de la couleur et de la musique dans la vie. Lâche ton mécénat, Fourmi, lâche ton mécénat à la Cigale La Fontaine ! La Fourmi : le genre de gars que la meilleure façon de leur faire cracher leur tournée, c’est encore de leur enfoncer deux doigts dans la gorge. De ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques, qui s’laissent porter par le système, qui font les grèves pour protester dès qu’les escalators y tombent en panne. La pire des races !

Si l’interprétation que vous en aviez petit, c’est travaille bien et reste dans le moule, c’est peut-être parce qu’on vous a bien bourré le mou avec. On passe à côté du sens des mots (« c’est là son moindre défaut »), parce qu’on a beau être un gamin sacrément brillant, on entravait un peu que pouic par moment ; c’est la même avec le ramage et le plumage du Corbeau, on se gardait bien de l’expliquer de crainte de se retrouver avec une armée de mouflets machiavéliques avides de la moindre faiblesse à complimenter.

On peut continuer longtemps : le loup et l’agneau, si ce crétin d’ovin n’avait pas fait dans l’excuse carpette et dans la flagornerie évidente, ce n’est peut-être pas lui qui se serait fait croquer. Mais c’est plus simple de demander aux enfants d’être pour la fourmi contre la cigale, pour le chien contre le loup. A toi de sortir de ce conditionnement, poil aux dents.

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On se rend bien compte qu’on commence à être fouttrement saoul ; qu’importe, on continue à picoler. D’ici quelques minutes, on s’insurgera contre ses potes dont on se demande comment ils ont pu atteindre un tel âge canonique sans avoir vu tel ou tel film (rhâââ, Brazil, gnniiii Trainspotting), telle ou telle série (mon côté Keuwa, t’as pas vu… ? remonte vite à la surface) ; on part dans des références de plus en plus absconses ; c’est mon côté Abed dans Community. Undateable, ajouterait Frances Ha.

A ce rythme-là, on en arrive on ne sait comment à disserter de nos chances de survie en cas d’invasion zombie – quasi nulles dans ce bar ; on se demande où est la boutique Stihl la plus proche pour acheter un taille haie à bras télescopique de quatre mètres ; on se demande pourquoi ils n’utilisent pas de taille haie à bras télescopique de quatre mètres dans les films et séries de zombies.

D’ici quelques minutes, on va pousser le vice à se mettre à parler de Shortbus. On passe plutôt une bonne soirée.

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