Et des millions de connards sur la ligne de départ

23 mars 2014 à 11:47 | Publié dans Politiques, Société | Laisser un commentaire
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Soleil Vert / Soylent Green

On a tous nos petits snobismes ; au milieu d’une liste longue comme le bras, il en est un dont je suis mine de rien pas mal fier : je n’ai jamais foutu le moindre pied dans une auto-école. Oh vous me direz des gens qui n’ont pas le permis y en a des chiées, de plus en plus de chiées même, et ça n’est évidemment pas pour me déplaire. Mais des vrais des purs qui malgré la pression constante de leur entourage (ouais on y a tous eu droit à ces repas où tout le monde est formel, il FAUT le passer) n’ont jamais ni acheté ni ouvert le moindre bouquin sur le code, ah, Camarade Lecteur, peu peuvent se targuer d’en être !

Oh, bien sûr, ce n’est pas QUE par bonté d’âme et conviction. J’ai vécu à Paris et à Nantes, deux villes carrément bien dotées en transports en commun et je n’ai jamais eu l’impérieux besoin d’être motorisé pour travailler ou pour sortir d’un village isolé, rouler n’a jamais rimé pour moi avec liberté. Bien sûr qu’il est plus simple d’être hostile à la bagnole quand on est Parisien, bien sûr que les arguments écologiques et économiques sont plus susceptibles d’y résonner que dans le fin fond de la Plouquésie (et je n’ai rien contre ces gens là, j’ai moi même d’excellents amis Plouquésiens).

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Mais ma première raison est bien moins rationnelle et bien plus personnelle que ça : elle est d’ordre psychologique. Et vous me permettrez bien que je me fasse ma petite thérapie pépère : c’est tout l’intérêt d’avoir un blog.

Chaque enfant a ses traumatismes ; j’étais sans doute un peu bizarre à l’époque, mais l’annonce de deux décès m’ont particulièrement traumatisé. La première, c’est quand Mini-Chauff (je devais avoir trois quatre ans, peut être cinq) a découvert sur une plaque que Pasteur était mort, et Mini-Chauff de pleurer comme une madeleine en demandant qui allait bien pouvoir faire les vaccins désormais (oui, non, cette anecdote n’a pas grand chose à voir avec la choucroute, mais je pose un contexte). La deuxième, c’est quand il a appris que Pierre Curie, l’un des mecs les plus intelligents de la terre, s’était fait buter par une charrette en traversant la rue. Par une charrette. Un génie. En traversant la rue. Je pense qu’on m’a tellement rabâché, à raison et sans doute même pas assez parce que ça a bien failli m’arriver à plusieurs reprises, qu’il était dangereux de traverser qu’encore aujourd’hui il m’arrive d’être convaincu que c’est comme ça que je finirai par y passer. J’espère au moins que ce sera pas dans une banlieue à la noix, ça ferait tâche dans ma nécrologie.

Un tête à queue sur l’autoroute quand j’avais dix ans, quelques catastrophes évitées de peu en marchant la tête en l’air ou le nez dans un bouquin : la Mort se balade en bagnole. L’angoisse du piéton au moment de traverser la rue que décrit Seb Musset, je n’la connait que trop bien : combien de fois encore je me fais faucher la priorité, en attendant de me faire faucher tout court. Les rares fois où j’ai réagi d’un plat de la main sur la carrosserie, j’ai failli me faire agresser par le fâcheux chauffard. Inconnus compagnons qui aviez pris ma défense face à ce grand taré alors que nous nous dirigions vers cette manif à Bastille, si par le plus grand des hasards vous passez par ici : merci !

Devenir cet abruti fini centré sur sa petite personne au milieu de sa tonne de ferraille, c’est un peu trop me demander. D’autant qu’il n’y a bien que dans Oz, un autre bon petit traumatisme de ma collection, que le chauffard est inquiété. La bagnole est une machine de mort, un piéton tué par mois à Paris mais aussi 2000 blessés, un toutes les quatre heures, dans la majorité des cas sur des passages piétons ; combien de condamnations ? Je sais pas, je sais plus, mais sous les roues des bécanes y a du sang répandu. Il est vital de réduire drastiquement la vitesse autorisée en ville (30km/h ? 25 ?), de mettre en place une tolérance zéro simplement en appliquant la loi pour un  passage piéton grillé – 4 points – et de la durcir tant qu’il continuera à y avoir des accidents.

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L’aspect économique est à la fois plus universel et plus évident : l’automobile est un gouffre à fric, tout le monde le sait. Le seul permis de conduire est un système para-mafieux où tout est fait pour faire payer une fortune, c’est déjà un bon indice. Et ça explique à mon avis pourquoi tout ceux qui l’ont sont aussi formels quant à son impérieuse nécessité : le coût de la conviction. On ne démarre pas la discussion sur un pied d’égalité, parce qu’on n’a pas les mêmes conséquences à assumer : si l’on finit par me convaincre, j’ai juste eu tort, je le reconnais et j’en tire les conséquences ; si je convainc mon interlocuteur, par contre, il doit alors prendre sur lui d’avoir fichu des brassées de pognon par la fenêtre et des dizaines d’heures plutôt douloureuses dans le vent, il doit assumer de s’être bien fait avoir par le marketing et de contribuer à un système mortifère. À six-huit milliers d’euros par ans, la caisse est un luxe que je n’ai absolument pas l’envie de m’offrir. Comme la clope. Un truc sans intérêt, qui ne sert qu’à rendre immensément riche des gens pas fréquentables, et qui rend tout le monde malade.

Car la question écologique est évidemment primordiale. Évidemment ? Pas pour tout le monde. Une bonne partie de la population n’en a rien à taper de chier là où elle mange. On s’est tapé pendant dix jours un pic de pollution absolument considérable, une pollution palpable – vous avez dû tous voir qu’on ne voyait plus à cent mètres, les photos sont édifiantes, mais même la lumière dans le métro avait changé, c’était frappant en regardant les tunnels, comme un filtre à la Soylent Green.

Pendant ce temps-là, les assos de bagnoleux continuaient leur petite intox puérile sur l’air du c’est pas nous c’est les autres, allant jusqu’à déclarer que l’air n’avait jamais été aussi pur. Alors oui, il n’y a pas qu’eux, on pourrait aussi parler du crime écologique que représente le sur-chauffage (rappelons la loi quitte à être rabat-joie : 19° maximum dans les immeubles d’habitation, de bureaux…). Mais il y a urgence à réagir, d’autant que la majorité des conséquences néfastes de la pollution se font hors période de pic.

La Circulation alternée était évidemment une réponse indispensable, mais elle aurait dû être déclenchée bien plus tôt et être vraiment imposée ; un grand nombre de policiers ne verbalisaient pas (j’ai un témoignage de première main de quelqu’un qui roulait avec une plaque paire contrôlé trois fois dans la journée, pas eu une seule amende, pas un seul demi-tour forcé), et les 22€ de prune potentielle sont eux-mêmes bien peu dissuasifs : pour mémoire, se faire prendre en flag de fraude dans le métro, c’est 60€. La seule solution, c’est le retrait de point, le seul moyen de vraiment empêcher les gens de faire les zozos.

Les autres mesures de santé publique à prendre sont connues et simples à mettre en place : démultiplication des zones 30 en ville (ce qui permettrait en sus de sauver des vies, mais c’est sans doute bien négligeable), écotaxe pour l’utilisation de la voiture en ville qui permettrait de financer des politiques de développement et de promotion des transports en commun, lutte contre le diésel et les énergies polluantes, suppression des autoroutes urbaines (en ce sens le boulot fait à République et sur les quais de Seine est plutôt chouette. Il reste pas mal d’axes à convertir, mais ça va dans le bon sens : je dois reconnaître que ce Reclaim the Streets est assez jouissif).

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Malgré tout cela, le « tout le monde le fait » peut corrompre les plus purs. Mais il y a une autre raison, d’ordre intellectuel. L’automobile telle que nous la connaissons est en train de crever, elle serait sans doute déjà morte sans les efforts démesurés de l’industrie et la complicité de nos gouvernants. Ploum l’explique très bien : l’arrivée des voitures autonomes est désormais plus que proche et le modèle du transport seul dans un véhicule propriétaire que l’on conduit ne pourra alors plus être compétitif. La bagnole individuelle s’effacera au profit de services type Uber dont le prix chutera encore quand il n’y aura plus de chauffeur. À ce compte là, ton permis ne sera bientôt plus qu’un morceau de papier.

J’aurais préféré d’autres révolutions techniques : j’attendais avec impatience les jetpacks, les skates magnétiques ou les tubes pneumatiques de Futurama… allez, on se contentera des voitures partagées autonomes.

En attendant la téléportation.

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